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Victor Hugo - L'homme qui rit
n'est distincte.
Aucun souci parmi les autres fugitifs.
Toutefois, quand la première hilarité de l'évasion fut passée, il fallut bien s'apercevoir qu'on était en mer au mois de janvier, et que la bise était glacée. Impossible de se loger dans la cabine, beaucoup trop étroite et d'ailleurs encombrée de bagages et de ballots. Les bagages appartenaient aux passagers, et les ballots à l'équipage, car l'ourque n'était point un navire de plaisance et faisait la contrebande. Les passagers durent s'établir sur le pont; résignation facile à ces nomades. Les habitudes du plein air rendent aisés aux vagabonds les arrangements de nuit; la belle étoile est de leurs amies; et le froid les aide à dormir, à mourir quelquefois,
Celle nuit-là, du reste, on vient de le voir, la belle étoile était absente.
Le languedocien et le génois, en attendant le souper, se pelotonnèrent près des femmes, au pied du mât, sous des prélarts que les matelots leur jetèrent.
Le vieux chauve resta debout à l'avant, immobile et comme insensible au froid.
Le patron de l'ourque, de la barre où il était, fit une sorte d'appel guttural assez semblable à l'interjection de l'oiseau qu'on appelle en Amérique l'Exclamateur; à ce cri, le chef de la bande approcha, et le patron lui adressa cette apostrophe: Etcheco jaüna ! Ces deux mots basques, qui signifient «laboureur de la montagne», sont, chez ces antiques cantabres, une entrée en matière solennelle et commandent l'attention.
Puis le palron montra du doigt au chef le vieillard, et le dialogue continua en espagnol, peu correct, du reste, étant de l'espagnol montagnard. Voici les demandes et les réponses:
- Etchceo jaüna, que es este hombre [1]?
- Un hombre.
- Que lenguas habla?
- Todas.
- Que cosas sabe?
- Todas.
- Qual païs!
- Ningun, y todos.
- Qual Dios?
- Dios.
- Como le llamas?
- El Tonto.
- Como dices que le llamas?
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