|
Victor Hugo - L'homme qui rit
- Non, ce n'est pas vrai, je ne suis pas morte. Qu'est-ce que je disais donc? Hélas! je suis vivante. Je suis vivante, et il est mort. Je suis en bas, et il est en haut. Il est parti, et moi je reste. Je ne l'entendrai plus parler et marcher. Dieu nous avait donné un peu de paradis sur la terre, il nous l'a retiré. Gwynplaine! c'est fini. Je ne le sentirai plus près de moi. Jamais. Sa voix! je n'entendrai plus sa voix.
Et elle chanta:
Es menester a cielos ir...[2] ... Dexa, quiero, A tu negro Caparazon.
[2] Il faut aller au ciel... ...Quitte, je le veux, Ta noire enveloppe!
Et elle étendit la main comme si elle cherchait où s'appuyer dans l'infini.
Gwynplaine, surgissant à côté d'Ursus brusquement pétrifié, s'agenouilla devant elle.
- Jamais! dit Dea. Jamais! je ne l'entendrai plus!
Et elle se remit à chanter, égarée:
Dexa, quiero, A tu negro Caparazon!
Alors elle entendit une voix, la voix bien-aimée, qui répondait:
O ven! ama![3] Eres aima, Soy corazon.
[3] Oh! viens! aime! Tu es âme, Je suis coeur.
Et en même temps Dea sentit sous sa main la tête de Gwynplaine. Elle jeta un cri inexprimable:
- Gwynplaine!
Une clarté d'astre apparut sur sa figure pâle, et elle chancela.
Gwynplaine la reçut dans ses bras.
- Vivant! cria Ursus.
Dea répéta: - Gwynplaine!
Et sa tête se ploya contre la joue de Gwynplaine. Elle dit, tout bas:
- Tu redescends! merci.
Et, relevant le front, assise sur le genou de Gwynplaine, enlacée dans son étreinte, elle tourna vers lui son doux visage, et fixa sur les yeux de Gwynplaine ses yeux pleins de ténèbres et de rayons, comme si elle
|