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Victor Hugo - L'homme qui rit
commande de vous pourvoir en diligence de seconds et de parrains, et je vous attends face contre face et poitrine contre poitrine, ce soir, tout de suite, demain, le jour, la nuit, en plein soleil, aux flambeaux, où, quand et comme bon vous semblera, partout où il y a assez de place pour deux longueurs d'épées, et vous ferez bien de visiter les batteries de vos pistolets et le tranchant de vos-estocs, attendu que j'ai l'intention de faire vos pairies vacantes. Ogle Cavendish, prends tes précautions et songe à ta devise: Cavendo tutus. Marmaduke Langdale, tu feras bien, comme ton ancêtre Gundold, de te faire suivre d'un cercueil. Georges Rooth, comte de Warington, tu ne reverras pas le comté palatin de Chester et ton labyrinthe à la façon de Crète et les hautes tourelles de Dunham Massie. Quant à lord Vaughan, il est assez jeune pour dire des impertinences et trop vieux pour en répondre; je demanderai compte de ses paroles à son neveu Richard Vaughan, membre des communes pour le bourg de Merioneth. Toi, John Campbell, comte de Greemvich, je te tuerai comme Achon tua Matas, mais d'un coup franc, et non par derrière, ayant coutume de montrer mon coeur et non mon dos à la pointe de l'espadon. Et c'est dit, milords. Sur ce, usez de maléfices, si bon vous semble, consultez des tireuses de cartes, graissez-vous la peau avec les onguents et les drogues qui font invulnérable, pendez-vous au cou des sachets du diable ou de la vierge, je vous combattrai bénits ou maudits, et je ne vous ferai point tâter pour savoir si vous avez sur vous des sorcelleries. A pied ou cheval. En plein carrefour, si vous voulez, à Piccadilly ou Charing-Cross, et l'on dépavera la rue pour notre rencontre comme on a dépavé la cour du Louvre pour le duel de Guise et de Bassompierre. Tous, entendez-vous? je vous veux tous. Dorme, comte de Caërnarvon, je te ferai avaler ma lame jusqu'à la coquille, comme fit Marolles à Lisle-Marivaux; et nous verrons ensuite, milord, si tu riras. Toi, Burlington, qui as l'air d'une fille avec tes dix-sept ans, tu auras le choix entre les pelouses de ta maison de Middlesex et ton beau jardin de Londesburg en Yorkshire pour te faire enterrer. J'informe vos seigneuries qu'il ne me convient pas qu'on soit insolent devant moi. Et je vous châtierai, milords. Je trouve mauvais que vous ayez bafoué lord Fermain Clancharlie. Il vaut mieux que vous. Comme Clancharlie, il a la noblesse, que vous avez, et comme Gwynplaine, il a l'esprit, que vous n'avez pas. Je fais de sa cause ma cause, de son injure mon injure, et de vos ricanements ma colère. Nous verrons qui sortira de cette affaire vivant, car je vous provoque à outrance, entendez-vous bien? et à toute arme et de toute façon, et choisissez la mort qui vous plaira, et puisque vous êtes des manants en même temps que des gentilshommes, je proportionne le défi à vos qualités, et je vous offre toutes les manières qu'ont les hommes de se tuer, depuis l'épée comme les princes jusqu'à la boxe comme les goujats!
A ce jet furieux de paroles tout le groupe hautain des jeunes lords répondit par un sourire. - Convenu, dirent-ils.
- Je choisis le pistolet, dit Burlington.
- Moi, dit Escrick, l'ancien combat de champ clos à la masse d'armes et au poignard.
- Moi, dit Holderness, le duel aux deux couteaux, le long et le court, torses nus, et corps à corps.
- Lord David, dit le comte de Thanet, tu es écossais. Je prends la claymore.
- Moi, l'épée, dit Rockingham.
- Moi, dit le duc Ralph, je préfère la boxe. C'est plus noble.
Gwynplaine sortit de l'ombre.
Il se dirigea vers celui qu'il avait jusque-là nomm Tom-Jim-Jack, et en qui maintenant il commençait à
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