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Victor Hugo - L'homme qui rit

entrée dans la chambre avant même que la séance fût commencée.

Quant à l'investiture d'un pair sur le seuil, et en dehors de la chambre même, il y avait des précédents. Le
premier baron héréditaire créé par patente, John de Beauchamp, de Holtcastle, fait par Richard II, en

1387, baron de Kidderminster, fut reçu de cette façon.

Du reste, en renouvelant ce précédent, le lord-chancelier se créait à lui-même un embarras dont il vit
l'inconvénient moins de deux ans après, lors de l'entrée du vicomte Newhaven à la chambre des lords.

Myope, comme nous l'avons dit, lord William Cowper s'était aperçu à peine de la difformité de
Gwynplaine; les deux lords parrains, pas du tout. C'étaient deux vieillards presque aveugles.

Le lord-chancelier les avait choisis exprès.

Il y a mieux, le lord-chancelier, n'ayant vu que la stature et la prestance de Gwynplaine, lui avait trouvé
«fort bonne mine».

Au moment où les door-keepers avaient ouvert devant Gwynplaine la grande porte à deux battants, il y
avait à peine quelques lords dans la salle. Ces lords étaient presque tous vieux. Les vieux, dans les

assemblées, sont les exacts, de même que, près des femmes, ils sont les assidus. On ne voyait au banc des

ducs que deux ducs, l'un tout blanc, l'autre gris, Thomas Osborne, duc de Leeds, et Schonberg, fils de ce

Schonberg, allemand par la naissance, français par le bâton de maréchal, et anglais par la pairie, qui,

chassé par l'édit de Nantes, après avoir fait la guerre à l'Angleterre comme français, fit la guerre à la

France comme anglais. Au banc des lords spirituels, il n'y avait que l'archevêque de Canterbury, primat

d'Angleterre, tout en haut, et en bas le docteur Simon Patrick, évêque d'Ély, causant avec Evelyn

Pierrepont, marquis de Dorchester, qui lui expliquait la différence entre un gabion et une courtine, et

entre les palissades et les fraises, les palissades étant une rangée de poteaux devant les tentes, destinée à

protéger le campement, et les fraises étant une collerette de pieux pointus sous le parapet d'une forteresse

empêchant l'escalade des assiégeants et la désertion des assiégés, et le marquis enseignait à l'évêque de

quelle façon on fraise une redoute, en mettant les pieux moiti dans la terre et moitié dehors. Thomas

Thynne, vicomte Weymouth, s'était approché d'un candélabre et examinait un plan de son architecte pour

faire à son jardin de Long Leate, en Wiltshire, une pelouse dite «gazon coupé», moyennant des carreaux

de sable jaune, de sable rouge, de coquilles de rivière et de fine poudre de charbon de terre. Au banc des

vicomtes il y avait un pêle-mêle de vieux lords, Essex, Ossulstone, Peregrine, Osborn, William Zulestein,

comte de Rochfort, parmi lesquels quelques jeunes, de la faction qui ne portait pas perruque, entourant

Price Devereux, vicomte Hereford, et discutant la question de savoir si une infusion de houx des

apalaches est du thé. - A peu près, disait Osborn. - Tout à fait, disait Essex. Ce qui était attentivement

écouté par Pawlets de Saint-John, cousin du Bolingbroke dont Voltaire plus tard a été un peu l'élève, car

Voltaire, commencé par le père Porée, a été achevé par Bolingbroke. Au banc des marquis, Thomas de

Grey, marquis de Kent, lord chambellan de la reine, affirmait à Robert Bertie, marquis de Lindsey, lord

chambellan d'Angleterre, que c'était par deux français réfugiés, monsieur Lecoq, autrefois conseiller au

parlement de Paris, et monsieur Ravenel, gentilhomme breton, qu'avait été gagné le gros lot de la grande

loterie anglaise en 1614. Le comte de Wymes lisait un livre intitulé: Pratique curieuse des oracles des

sibylles
. John Campbell, comte de Greenwich, fameux par son long menton, sa gaîté et ses
quatrevingt-sept ans, écrivait à sa maîtresse. Lord Chandos se faisait les ongles. La séance qui allait

suivre devant être une séance royale où la couronne serait représentée par commissaires, deux assistants

door-keepers disposaient en avant du trône un banc de velours couleur feu. Sur le deuxième sac de laine

était assis le maître des rôles, sacrorum scriniorum magister, lequel avait alors pour logis

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