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Victor Hugo - L'homme qui rit

Sans compter le duc de Cumberland, mari de la reine, il y avait vingt-cinq ducs dont le premier, Norfolk,
ne siégeait point, étant catholique, et dont le dernier, Cambridge, prince électoral de Hanovre, siégeait,

quoique étranger. Winchester, qualifi premier et seul marquis d'Angleterre, comme Astorga seul marquis

d'Espagne, étant absent, vu qu'il était jacobite, il y avait cinq marquis, dont le premier était Lindsey et le

dernier Lothian; soixante-dix-neuf comtes, dont le premier était Derby et le dernier Islay; neuf vicomtes,

dont le premier était Hereford et le dernier Lonsdale; et soixante-deux barons, dont le premier était

Abergaveny et le dernier Hervey. Lord Hervey, étant le dernier baron, était ce qu'on appelait «le puîné»

de la chambre. Derby, qui, étant primé par Oxford, Shrewsbury et Kent, n'était que le quatrième sous

Jacques II, était devenu sous Anne le premier des comtes. Deux noms de chanceliers avaient disparu de

la liste des barons, Verulam, sous lequel l'histoire retrouve Bacon, et Wem, sous lequel l'histoire retrouve

Jeffreys. Bacon, Jeffreys, noms diversement sombres. En 1705, les vingt-six évêques n'étaient que

vingt-cinq, le siège de Chester étant vacant. Parmi les évêques, quelques-uns étaient de très grands

seigneurs; ainsi William Talbot évêque d'Oxford, chef de la branche protestante de sa maison. D'autres

étaient des docteurs éminents, comme John Sharp, archevêque d'York, ancien doyen de Norwick, le

poëte Thomas Spratt, évêque de Rochester, bonhomme apoplectique, et cet évêque de Lincoln, qui devait

mourir archevêque de Canterbury, Wake, l'adversaire de Bossuet.

Dans les occasions importantes, et lorsqu'il y avait lieu de recevoir une communication de la couronne à
la chambre haute, toute cette multitude auguste, en robes, en perruques, avec coiffes de prélature ou

chapeaux à plumes, alignait et étageait ses rangées de têtes dans la salle de la pairie, le long des murs où

l'on voyait vaguement la tempête exterminer l'armada. Sous-entendu: Tempête aux ordres de

l'Angleterre.

IV. LA VIEILLE CHAMBRE

Toute la cérémonie de l'investiture de Gwynplaine, depuis l'entrée sous le King's Gate jusqu'à la prise du
test dans le rond-point vitré, s'était passée dans une sorte de pénombre.

Lord William Cowper n'avait point permis qu'on lui donnât, à lui, chancelier d'Angleterre, des détails
trop circonstanciés sur la défiguration du jeune lord Fermain Clancharlie, trouvant au-dessous de sa

dignité de savoir qu'un pair n'était pas beau, et se sentant amoindri par la hardiesse qu'aurait un inférieur

de lui apporter des renseignements de cette nature. Il est certain qu'un homme du peuple dit avec plaisir:

ce prince est bossu. Donc, être difforme, pour un lord, c'est offensant. Aux quelques mots que lui en avait

dits la reine, le lord chancelier s'était borné à répondre: Un seigneur a pour visage la seigneurie.

Sommairement, et sur les procès-verbaux qu'il avait dû vérifier et certifier, il avait compris. De là des

précautions.

Le visage du nouveau lord pouvait, à son entrée dans la chambre, faire une sensation quelconque. Il
importait d'obvier à cela. Le lord-chancelier avait pris ses mesures. Le moins d'événement possible, c'est

l'idée fixe et la règle de conduite des personnages sérieux. La haine des incidents fait partie de la gravité.

Il importait de faire en sorte que l'admission de Gwynplaine passât sans encombre, comme celle de tout

autre héritier de pairie.

C'est pourquoi le lord-chancelier avait fixé la réception de lord Fermain Clancharlie à une séance du soir.
Le chancelier étant portier, quodammodo ostiarius, disent les chartes normandes, januarum

cancellorumque potestas
, dit Tertullien, il peut officier en dehors de la chambre sur le seuil, et lord
William Cowper avait usé de son droit en accomplissant dans le rond-point vitré les formalités

d'investiture de lord Fermain Clancharlie. De plus, il avait avancé l'heure pour que le nouveau pair fit son

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