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Victor Hugo - L'homme qui rit

Louis XIV il y avait dans Charles Ier! Grâce à Cromwell, il est rest latent. Du reste, disons-le en passant,
Cromwell lui-même, aucun historien n'a pris garde à ce fait, prétendait à la pairie; c'est ce qui lui fait

épouser Elisabeth Bourchier, descendante et héritière d'un Cromwell, lord Bourchier, dont la pairie s'était

éteinte en 1471, et d'un Bourchier, lord Robesart, autre pairie éteinte en 1429. Partageant la croissance

redoutable des événements, il trouva plus court de dominer par le roi supprim que par la pairie réclamée.

Le cérémonial des lords, parfois sinistre, atteignait le roi. Les deux porte-glaives de la Tour, debout, la

hache sur l'épaule, à droite et à gauche du pair accusé comparaissant à la barre, étaient aussi bien pour le

roi que pour tout autre lord. Pendant cinq siècles l'antique chambre des lords a eu un plan, et l'a suivi

avec fixité. On compte ses jours de distraction et de faiblesse, comme par exemple ce moment étrange où

elle se laissa séduire par la galéasse chargée de fromages, de jambons et de vins grecs que lui envoya

Jules II. L'aristocratie anglaise était inquiète, hautaine, irréductible, attentive, patriotiquement défiante.

C'est elle qui, à la fin du dix-septième siècle, par l'acte dixième de l'an 1694, était au bourg de

Stockbridge, en Southampton, le droit de députer au parlement, et forçait les communes à casser

l'élection de ce bourg, entachée de fraude papiste. Elle avait imposé le test Jacques, duc d'York, et sur

son refus l'avait exclu du trône. Il régna cependant, mais les lords finirent par le ressaisir et par le chasser.

Cette aristocratie a eu dans sa longue durée quelque instinct de progrès. Une certaine quantité de lumière

appréciable s'en est toujours dégagée, excepté vers la fin, qui est maintenant. Sous Jacques II, elle

maintenait dans la chambre basse la proportion de trois cent quarante-six bourgeois contre quatrevingt

douze chevaliers; les seize barons de courtoisie des Cinq-Ports étant plus que contre-balancés par les

cinquante citoyens des vingt-cinq cités. Tout en étant très corruptrice et très égoïste, cette aristocratie

avait, en certains cas, une singulière impartialité. On la juge durement. Les bons traitements de l'histoire

sont pour les communes; c'est débattre. Nous croyons le rôle des lords très grand. L'oligarchie, c'est de

l'indépendance à l'état barbare, mais c'est de l'indépendance. Voyez la Pologne, royaume nominal,

république réelle. Les pairs d'Angleterre tenaient le trône en suspicion et en tutelle. Dans mainte

occasion, mieux que les communes, les lords savaient déplaire. Ils faisaient échec au roi. Ainsi, en 1694,

année remarquable, les parlements triennaux, rejetés par les communes parce que Guillaume III n'en

voulait pas, avaient été votés par les pairs. Guillaume III, irrité, ôta le château de Pendennis au comte de

Bath, et toutes ses charges au vicomte Mordaunt. La chambre des lords, c'était la république de Venise au

coeur de la royauté d'Angleterre. Réduire le roi au doge, tel était son but, et elle a fait croître la nation de

tout ce dont elle a fait décroître le roi.

La royauté le comprenait et haïssait la pairie. Des deux côtés on cherchait à s'amoindrir. Ces diminutions
profitaient au peuple en augmentation. Les deux puissances aveugles, monarchie et oligarchie, ne

s'apercevaient pas qu'elles travaillaient pour un tiers, la démocratie. Quelle joie ce fut pour la cour, au

siècle dernier, de pouvoir pendre un pair, lord Ferrers!

Du reste, on le pendit avec une corde de soie. Politesse.

On n'eût pas pendu un pair de France. Remarque altière que fit le duc de Richelieu. D'accord. On l'eût
décapité. Politesse plus grande. Montmorency-Tancarville signait: Pair de France et d'Angleterre,

rejetant ainsi la pairie anglaise au second rang. Les pairs de France étaient plus hauts et moins puissants,

tenant au rang plus qu'à l'autorité, et à la préséance plus qu'à la domination. Il y avait entre eux et les

lords la nuance qui sépare la vanité de l'orgueil. Pour les pairs de France, avoir le pas sur les princes

étrangers, précéder les grands d'Espagne, primer les patrices de Venise, faire asseoir sur les bas sièges du

parlement les maréchaux de France, le connétable et l'amiral de France, fût-il comte de Toulouse et fils

de Louis XIV, distinguer entre les duchés mâles et les duchés femelles, maintenir l'intervalle entre une

comté simple comme Armagnac ou Albret et une comté-pairie comme Évreux, porter de droit, dans

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