bibliotheq.net - littérature française
 

Victor Hugo - L'homme qui rit

donnent une base à la féodalité, cette base est le Doomsday-book . «Livre du Jugement dernier.»
Sous Jean sans Terre, conflit; la seigneurie française le prend de haut avec la Grande-Bretagne, et la

pairie de France mande à sa barre le roi d'Angleterre. Indignation des barons anglais. Au sacre de

Philippe-Auguste, le roi d'Angleterre portait, comme duc de Normandie, la première bannière carrée et le

duc de Guyenne la seconde. Contre ce roi vassal de l'étranger, «la guerre des seigneurs» éclate. Les

barons imposent au misérable roi Jean la Grande Charte d'où sort la chambre des lords. Le pape prend

fait et cause pour le roi, et excommunie les lords. La date, c'est 1215, et le pape, c'est Innocent III qui

écrivait le Veni sancte Spiritus et qui envoyait à Jean sans Terre les quatre vertus cardinales sous

la forme de quatre anneaux d'or. Les lords persistent. Long duel, qui durera plusieurs générations.

Pembroke lutte. 1248 est l'année des «Provisions d'Oxford». Vingt-quatre barons limitent le roi, le

discutent, et appellent, pour prendre part à la querelle élargie, un chevalier par comté. Aube des

communes. Plus tard, les lords s'adjoignirent deux citoyens par chaque cité et deux bourgeois par chaque

bourg. C'est ce qui fait que, jusqu'à Elisabeth, les pairs furent juges de la validité des élections des

communes. De leur juridiction naquit l'adage: «Les députés doivent être nommés sans les trois P; sine

Prece, sine Pretio, sine Poculo
. Ce qui n'empêcha pas les bourgs-pourris. En 1293, la cour des pairs
de France avait encore le roi d'Angleterre pour justiciable, et Philippe le Bel citait devant lui Edouard Ier.

Edouard Ier était ce roi qui ordonnait à son fils de le faire bouillir après sa mort et d'emporter ses os en

guerre. Sous les folies royales les lords sentent le besoin de fortifier le parlement; ils le divisent en deux

chambres. Chambre haute et chambre basse. Les lords gardent arrogamment la suprématie. «S'il arrive

qu'un des communes soit si hardy que de parler désavantageusement de la chambre des lords, on l'appelle

au barreau (à la barre) pour recevoir correction et quelquefois on l'envoie à la Tour[1]. Même distinction

dans le vote. Dans la chambre des lords on vote un à un, en commençant par le dernier baron qu'on

nomme «le puîné». Chaque pair appelé répond content ou non content . Dans les

communes on vote tous ensemble, par Oui ou Non, en troupeau. Les communes accusent, les pairs

jugent. Les pairs, par dédain des chiffres, délèguent aux communes, qui en tireront parti, la surveillance

de l'échiquier, ainsi nommé, selon les uns, du tapis de la table qui représentait un échiquier, et,

selon les autres, des tiroirs de la vieille armoire où. était, derrière une grille de fer, le trésor des rois

d'Angleterre. De la fin du treizième siècle date le Registre annuel, «Year-book». Dans la guerre des deux

roses, on sent le poids des lords, tantôt du côté de John de Gaunt, duc de Lancastre, tantôt du côt

d'Edmund, duc d'York. Wat-Tyler, les Lollards, Warwick, le faiseur de rois, toute cette anarchie-mère

d'où sortira l'affranchissement, a pour point d'appui, avoué ou secret, la féodalité anglaise. Les lords

jalousent utilement le trône; jalouser, c'est surveiller; ils circonscrivent l'initiative royale, restreignent les

cas de haute trahison, suscitent de faux Richards contre Henri IV, se font arbitres, jugent la question des

trois couronnes entre le duc d'York et Marguerite d'Anjou, et, au besoin, lèvent des armées et ont leurs

batailles, Shrewsbury, Tewkesbury, Saint-Alban, tantôt perdues, tantôt gagnées. Déjà, au treizième

siècle, ils avaient eu la victoire de Lewes, et ils avaient chassé du royaume les quatre frères du roi,

bâtards d'Isabelle et du comte de la Marche, usuriers tous quatre, et exploitant les chrétiens par les juifs;

d'un côt princes, de l'autre escrocs, chose qu'on a revue plus tard, mais qui était peu estimée dans ce

temps-là. Jusqu'au quinzième siècle, le duc normand reste visible dans le roi d'Angleterre, et les actes du

parlement se font en français. A partir de Henri VII, par la volonté des lords, ils se font en anglais.

L'Angleterre, bretonne sous Uther Pendragon, romaine sous César, saxonne sous l'heptarchie, danoise

sous Harold, normande après Guillaume, devient, grâce aux lords, anglaise. Puis elle devient anglicane.

Avoir sa religion chez soi, c'est une grande force. Un pape extérieur soutire la vie nationale. Une mecque

est une pieuvre. En 1534, Londres congédie Rome, la pairie adopte la réforme et les lords acceptent

Luther. Réplique l'excommunication de 1215. Ceci convenait à Henri VIII, mais d'autres égards les lords

le gênaient. Un bouledogue devant un ours, c'est la chambre des lords devant Henri VIII. Quand Wolsey

< page précédente | 326 | page suivante >

 
La plupart des textes et des images de ce site font partie du domaine public. Les droits d'auteur pour la présentation des matériaux
et le design du site appartiennent à bibliotheq.net. Toute suggestion et correction est la bienvenue.