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Victor Hugo - L'homme qui rit
prise de corps, s'appuyaient sur de nombreux textes normands: - Canes latrant, sergentes silent. - Sergenter agere, ici est tacere. - Ils citaient Lundulphus Sagax, paragraphe 16: - Facit imperator silentium. - Ils citaient la charte du roi Philippe, de 1307: - Multos tenebimus bastonerios qui, obmutescentes, sergentare valeant. - Ils citaient les statuts de Henri Ier d'Angleterre, chapitre LIII: - Surge signa jussus. Taciturnior esto. Hoc est esse in captione regis. - Ils se prévalaient spécialement de cette prescription considérée comme faisant partie des antiques franchises féodales de l'Angleterre: - «Sous les viscomtes sont les serjans de l'espée, lesquels doivent justicier vertueusement à l'espée tous ceux qui suient malveses compagnies, gens diffamez d'aucuns crimes, et gens fuitis et forbannis..... et les doivent si vigoureusement et si discrètement appréhender, que la bonne gent qui sont paisibles soient gardez paisiblement, et que les malfeteurs soient espoantés.» Être arrêté de la sorte, c'était être saisi «ô le glaive de l'espée» ( Vetus Consuetudo Normanniae, MS. I. part. Sect. I, cap. II). Les jurisconsultes invoquaient en outre, in Charta Ludovici Hutini pro normannis, le chapitre servientes spathae. Les servientes spathae, dans l'approche graduelle de la basse latinité jusqu'à nos idiomes, sont devenus sergentes spadae.
Les arrestations silencieuses étaient le contraire de la clameur de haro, et indiquaient qu'il convenait de se taire jusqu'à ce que de certaines obscurités fussent éclaircies.
Elles signifiaient: Questions réservées.
Elles indiquaient, dans l'opération de police, une certaine quantité de raison d'état.
Le terme de droit private, qui veut dire à huis clos, s'appliquait à ce genre d'arrestations.
C'est de cette manière qu'Edouard III avait, selon quelques annalistes, fait saisir Mortimer dans le lit de sa mère Isabelle de France. Ici encore on peut douter, car Mortimer soutint un siège dans sa ville avant d'être pris.
Warwick, le Faiseur de rois, pratiquait volontiers ce mode «d'attraire les gens».
Cromwell l'employait, surtout dans le Connaugh; et ce fut avec cette précaution du silence que Trailie-Arcklo, parent du comte d'Ormond, fut arrêté dans Kilmacaugh.
Ces prises de corps par le simple geste de justice représentaient plutôt le mandat de comparution que le mandat d'arrêt.
Elles n'étaient parfois qu'un procédé d'information, et impliquaient même, par le silence imposé à tous, un certain ménagement pour la personne saisie.
Pour le peuple, peu au fait de ces nuances, elles étaient particulièrement terrifiantes.
L'Angleterre, qu'on ne l'oublie pas, n'était pas en 1705, ni même beaucoup plus tard, ce qu'elle est de nos jours. L'ensemble était très confus et parfois très oppressif; Daniel de Foë, qui avait tâté du pilori, caractérise quelque part l'ordre social anglais par ces mots: «les mains de fer de la loi». Il n'y avait pas seulement la loi, il y avait l'arbitraire. Qu'on se rappelle Steele chassé du parlement, Locke chassé de sa chaire; Hobbes et Gibbon, forcés de fuir; Charles Curchill, Hume, Priestley persécutés; John Wilkes mis à la Tour. Qu'on énumère, le compte sera long, les victimes du statut seditious libel. L'inquisition avait un peu fusé par toute l'Europe; ses pratiques de police faisaient école. Un attentat monstrueux à tous les droits était possible en Angleterre; qu'on se souvienne du Gazetier cuirassé. En plein dix-huitième siècle, Louis XV faisait enlever dans Piccadilly les écrivains qui lui déplaisaient. Il est vrai
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