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Victor Hugo - L'homme qui rit

grooms de l'aumônerie, lord David Dirry-Moir, traversant des rangées de femmes, fit sensation par sa
bonne mine. Sur son passage éclatait un brouhaha d'exclamations féminines: - Qu'il est élégant! - Qu'il

est galant! - Qu'il a grand air! - Qu'il est beau!

- Comme c'est désagréable! grommela la reine.

Barkilphedro entendit.

Il était fixé.

On pouvait nuire à la duchesse sans déplaire à la reine.

Le premier problème était résolu.

Maintenant le deuxième se présentait.

Comment faire pour nuire à la duchesse?

Quelle ressource pouvait, pour un but si ardu, lui offrir son misérable emploi?

Aucune, évidemment.

XII. ÉCOSSE, IRLANDE ET ANGLETERRE

Indiquons un détail: Josiane «avait le tour».

On le comprendra en réfléchissant qu'elle était, quoique du petit côté, soeur de la reine, c'est-à-dire
personne princière.

Avoir le tour. Qu'est cela?

Le vicomte de Saint-John - prononcez Bolingbroke - écrivait Thomas Lennard, comte de Sussex: «Deux
choses font qu'on est grand. En Angleterre avoir le tour; en France avoir le pour.

Le pour, en France, c'était ceci: quand le roi était en voyage, le fourrier de la cour, le soir venu, au
débotté à l'étape, assignait leur logement aux personnes suivant sa majesté. Parmi ces seigneurs,

quelques-uns avaient un privilège immense: «Ils ont le pour, dit le Journal historique de l'année

1694, page 6, c'est-à-dire que le fourrier qui marque les logis met Pour avant leur nom, comme:

Pour M. le prince de Soubise, au lieu que, quand il marque le logis d'une personne qui n'est point

prince, il ne met point de Pour , mais simplement son nom, par exemple: Le duc de Gesvres,

le duc de Mazarin
, etc.» Ce Pour sur une porte indiquait un prince ou un favori. Favori, c'est
pire que prince. Le roi accordait le pour comme le cordon bleu ou la pairie.

«Avoir le tour» en Angleterre était moins vaniteux, mais plus réel. C'était un signe de véritable approche
de la personne régnante. Quiconque était, par naissance ou faveur, en posture de recevoir des

communications directes de sa majesté, avait dans le mur de sa chambre de lit un tour où était ajusté un

timbre. Le timbre sonnait, le tour s'ouvrait, une missive royale apparaissait sur une assiette d'or ou sur un

coussin de velours, puis le tour se refermait. C'était intime et solennel. Le mystérieux dans le familier. Le

tour ne servait à aucun autre usage. Sa sonnerie annonçait un message royal. On ne voyait pas qui

l'apportait. C'était du reste tout simplement un page de la reine ou du roi. Leicester avait le tour sous

Elisabeth, et Buckingham sous Jacques Ier. Josiane l'avait sous Anne, quoique peu favorite. Qui avait le

tour était comme quelqu'un qui serait en relation directe avec la petite poste du ciel, et chez qui Dieu

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