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Victor Hugo - L'homme qui rit

Et puis le côté faible de la femme se sent gardé par toute cette casuistique de la galanterie qui tient lieu
de scrupules aux précieuses. C'est une circonvallation avec fossé. Toute précieuse a un air de répugnance.

Cela protège.

On consentira, mais on méprise. En attendant.

Josiane avait un for intérieur inquiétant. Elle se sentait une telle pente à l'impudeur qu'elle était bégueule.
Les reculs de fierté en sens inverse de nos vices nous mènent aux vices contraires. L'excès d'effort pour

être chaste la faisait prude. Être trop sur la défensive, cela indique un secret désir d'attaque. Qui est

farouche n'est pas sévère.

Elle s'enfermait dans l'exception arrogante de son rang et de sa naissance, tout en préméditant peut-être,
nous l'avons dit, quelque brusque sortie.

On était à l'aurore du dix-huitième siècle. L'Angleterre ébauchait ce qui a été en France la régence.
Walpole et Dubois se tiennent. Marlborough se battait contre son ex-roi Jacques II auquel il avait,

disait-on, vendu sa soeur Churchill. On voyait briller Bolingbroke et poindre Richelieu. La galanterie

trouvait commode une certaine mêlée des rangs; le plain-pied se faisait par les vices. Il devait se faire

plus tard par les idées. L'encanaillement, prélude aristocratique, commençait ce que la révolution devait

achever. On n'était pas très loin de Jélyotte publiquement assis en plein jour sur le lit de la marquise

d'Épinay. Il est vrai, car les moeurs se font écho, que le seizième siècle avait vu le bonnet de nuit de

Smeton sur l'oreiller d'Anne de Boleyn.

Si femme signifie faute, comme je ne sais plus quel concile l'a affirmé, jamais la femme n'a plus été
femme qu'en ces temps-là. Jamais, couvrant sa fragilité de son charme, et sa faiblesse de sa

toute-puissance, elle ne s'est plus impérieusement fait absoudre. Faire du fruit défendu le fruit permis,

c'est la chute d'Eve; mais faire du fruit permis le fruit défendu, c'est son triomphe. Elle finit par là. Au

dix-huitième siècle, la femme tire le verrou sur le mari. Elle s'enferme dans l'éden avec Satan. Adam est

dehors.

III

Tous les instincts de Josiane inclinaient plutôt à se donner galamment qu'à se donner légalement. Se
donner par galanterie implique de la littérature, rappelle Ménalque et Amaryllis, et est presque une action

docte.

Mademoiselle de Scudéry, l'attrait de la laideur pour la laideur mis à part, n'avait pas eu d'autre motif
pour céder à Pélisson.

La fille souveraine et la femme sujette, telles sont les vieilles coutumes anglaises. Josiane différait le plus
qu'elle pouvait l'heure de cette sujétion. Qu'il fallût en venir au mariage avec lord David, puisque le bon

plaisir royal l'exigeait, c'était une nécessité sans doute, mais quel dommage! Josiane agréait et

éconduisait lord David. Il y avait entre eux accord tacite pour ne point conclure et pour ne point rompre.

Ils s'éludaient. Cette façon de s'aimer, avec un pas en avant et deux pas en arrière, est exprimée par les

danses du temps, le menuet et la gavotte. Être des gens mariés, cela ne va pas à l'air du visage, cela fane

les rubans qu'on porte, cela vieillit. L'épousaille, solution désolante de clarté. La livraison d'une femme

par un notaire, quelle platitude! La brutalité du mariage crée des situations définitives, supprime la

volonté, tue le choix, a une syntaxe comme la grammaire, remplace l'inspiration par l'orthographe, fait de

l'amour une dictée, met en déroute le mystérieux de la vie, inflige la transparence aux fonctions

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