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Victor Hugo - L'homme qui rit

entre ses doigts. Elle regrettait qu'Hercule fût mort. Elle vivait dans on ne sait quelle attente d'un idéal
lascif et suprême.

Au moral, Josiane faisait penser au vers de l'épître aux Pisons: Desinit in piscem.

Un beau torse de femme en hydre se termine.

C'était une noble poitrine, un sein splendide harmonieusement soulevé par un coeur royal, un vivant et
clair regard, une figure pure et hautaine, et, qui sait? ayant sous l'eau, dans la transparence entrevue et

trouble, un prolongement ondoyant, surnaturel, peut-être draconien et difforme. Vertu superbe achevée

en vices dans la profondeur des rêves.

II

Avec cela, précieuse.

C'était la mode.

Qu'on se rappelle Élisabeth.

Elisabeth est un type qui, en Angleterre, a dominé trois siècles, le seizième, le dix-septième et le
dix-huitième. Élisabeth est plus qu'une anglaise, c'est une anglicane. De là le respect profond de l'église

épiscopale pour cette reine; respect ressenti par l'église catholique, qui la mélangeait d'un peu

d'excommunication. Dans la bouche de Sixte-Quint anathématisant Elisabeth, la malédiction tourne au

madrigal. Un gran cervello di principessa, dit-il. Marie Stuart, moins occupée de la question

église et plus occupée de la question femme, était peu respectueuse pour sa soeur Élisabeth et lui écrivait

de reine reine et de coquette à prude: «Votre esloignement du mariage provient de ce que vous ne voulez

perdre liberté de vous faire faire l'amour.» Marie Stuart jouait de l'éventail et Elisabeth de la hache. Partie

inégale. Du reste toutes deux rivalisaient en littérature. Marie Stuart faisait des vers français; Élisabeth

traduisait Horace. Elisabeth, laide, se décrétait belle, aimait les quatrains et les acrostiches, se faisait

présenter les clefs des villes par des cupidons, pinçait la lèvre à l'italienne et roulait la prunelle à

l'espagnole, avait dans sa garde-robe trois mille habits et toilettes, dont plusieurs costumes de Minerve et

d'Amphitrite, estimait les irlandais pour la largeur de leurs épaules, couvrait son vertugadin de paillons et

de passequilles, adorait les roses, jurait, sacrait, trépignait, cognait du poing ses filles d'honneur, envoyait

au diable Dudley, battait le chancelier Burleigh, qui pleurait, la vieille bête, crachait sur Mathew, colletait

Hatton, souffletait Essex, montrait sa cuisse Bassompierre, était vierge.

Ce qu'elle avait fait pour Bassompierre, la reine de Saba l'avait fait pour Salomon[1]. Donc, c'était
correct, l'écriture sainte ayant créé le précédent. Ce qui est biblique peut être anglican. Le précédent

biblique va même jusqu'à faire un enfant qui s'appelle Ebnehaquem ou Melilechet, c'est-à-dire le Fils

du Sage
.

[1] Regina Saba coram rege crura denudavit. Schicklardus In
Prooemio Tarich. Jersici F. 65.

Pourquoi pas ces moeurs? Cynisme vaut bien hypocrisie. Aujourd'hui l'Angleterre, qui a un Loyola
appelé Wesley, baisse un peu les yeux devant ce passé. Elle en est contrariée, mais fière.

Dans ces moeurs-là, le goût du difforme existait, particulièrement chez les femmes, et singulièrement
chez les belles. A quoi bon être belle, si l'on n'a pas un magot? Que sert d'être reine, si l'on n'est pas

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