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Victor Hugo - L'homme qui rit
Jacques II était un roi, et avait la prétention d'être un général. Il aimait à s'entourer de jeunes officiers. Il se montrait volontiers en public à cheval avec un casque et une cuirasse, et une vaste perruque débordante sortant de dessous le casque par-dessus la cuirasse; espèce de statue équestre de la guerre imbécile. Il prit en amitié la bonne grâce du jeune lord David. Il sut gré à ce royaliste d'être fils d'un républicain; un père renié ne nuit point à une fortune de cour qui commence. Le roi fit lord David gentilhomme de la chambre du lit, à mille livres de gages.
C'était un bel avancement. Un gentilhomme du lit couche toutes les nuits près du roi sur un lit qu'on dresse. On est douze gentilshommes, et l'on se relaie.
Lord David, dans ce poste, fut le chef de l'avenier du roi, celui qui donne l'avoine aux chevaux et qui a deux cent soixante livres de gages. Il eut sous lui les cinq cochers du roi, les cinq postillons du roi, les cinq palefreniers du roi, les douze valets de pied du roi, et les quatre porteurs de chaise du roi. Il eut le gouvernement des six chevaux de course que le roi entretient Haymarket et qui coûtent six cents livres par an à sa majesté. Il fit la pluie et le beau temps dans la garde-robe du roi, laquelle fournit les habits de cérémonie aux chevaliers de la Jarretière. Il fut salué jusqu'à terre par l'huissier de la verge noire, qui est au roi. Cet huissier, sous Jacques II, était le chevalier Duppa. Lord David eut les respects de M. Baker, qui était clerc de la couronne, et de M. Brown, qui était clerc du parlement. La cour d'Angleterre, magnifique, est un patron d'hospitalité. Lord David présida, comme l'un des douze, aux tables et réceptions. Il eut la gloire d'être debout derrière le roi les jours d'offrande, quand le roi donne l'église le besant d'or, byzantium, les jours de collier, quand le roi porte le collier de son ordre, et les jours de communion, quand personne ne communie, hors le roi et les princes. Ce fut lui qui, le jeudi saint, introduisit près de sa majesté les douze pauvres auxquels le roi donne autant de sous d'argent qu'il a d'années de vie et autant de shellings qu'il a d'années de règne. Il eut la fonction, quand le roi était malade, d'appeler, pour assister sa majesté, les deux grooms de l'aumônerie qui sont prêtres, et d'empêcher les médecins d'approcher sans permission du conseil d'état. De plus, il fut lieutenant-colonel du régiment écossais de la garde royale, lequel bat la marche d'Ecosse.
En cette qualité il fit plusieurs campagnes, et très glorieusement, car il était vaillant homme de guerre. C'était un seigneur brave, bien fait, beau, généreux, fort grand de mine et de manières. Sa personne ressemblait à sa qualité. Il était de haute taille comme de haute naissance.
Il fut presque un moment en passe d'être nommé groom of the stole, ce qui lui eût donné le privilège de passer la chemise au roi; mais il faut pour cela être prince ou pair.
Créer un pair, c'est beaucoup. C'est créer une pairie, cela fait des jaloux. C'est une faveur; une faveur fait au roi un ami et cent ennemis, sans compter que l'ami devient ingrat. Jacques II, par politique, créait difficilement des pairies, mais les transférait volontiers. Une pairie transférée ne produit pas d'émoi. C'est simplement un nom qui continue. La lordship en est peu troublée.
La bonne volonté royale ne répugnait point à introduire lord David Dirry-Moir dans la chambre haute, pourvu que ce fut par la porte d'une pairie substituée. Sa majesté ne demandait pas mieux que d'avoir une occasion de faire David Dirry-Moir, de lord de courtoisie, lord de droit.
III
Cette occasion se présenta.
Un jour on apprit qu'il était arrivé au vieil absent, lord Linnaeus Clancharlie, diverses choses dont la
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