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Victor Hugo - L'Année terrible
Si vous crevez cet oeil énorme au genre humain, Ce cyclope est aveugle, et, hors des faits possibles, Il marche en tâtonnant avec des cris terribles; Du côté de la pente il va dans l'inconnu.
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Sans Paris, l'avenir naîtra reptile et nu. Paris donne un manteau de lumière aux idées. Les erreurs, s'il les a seulement regardées, Tremblent subitement et s'écroulent, ayant En elles le rayon de cet oeil foudroyant. Comme au-dessous du temple on retrouve la crypte, Et comme sous la Grèce on retrouve l'Egypte, Et sous l'Egypte l'Inde, et sous l'Inde la nuit, Sous Paris, par les temps et les races construit, On retrouve, en creusant, toute la vieille histoire. L'homme a gagné Paris ainsi qu'une victoire. Le lui prendre à présent, c'est lui rendre son bât, C'est frustrer son labeur, c'est voler son combat. A quoi bon avoir tant lutté si tout s'effondre! Thèbe, Ellorah, Memphis, Carthage, aujourd'hui Londre, Tous les peuples, qu'unit un vénérable hymen, De la raison humaine et du devoir humain Ont créé l'alphabet, et Paris fait le livre. Paris règne. Paris, en existant, délivre. Par cela seul qu'il est, le monde est rassuré.
Un vaisseau comme un sceptre étendant son beaupré Est son emblème; il fait la grande traversée, Il part de l'ignorance et monte à la pensée. Il sait l'itinéraire; il voit le but; il va Plus loin qu'on ne voulut, plus haut qu'on ne rêva, Mais toujours il arrive: il cherche, il crée, il fonde, Et ce que Paris trouve est trouvé pour le monde. Une évolution du globe tout entier Veut Paris pour pivot et le prend pour chantier, Et n'est universelle enfin qu'étant française; Londre a Charles premier, Paris a Louis seize; Londre a tué le roi, Paris la royauté; Ici le coup de hache à l'homme est limité, Là c'est la monarchie énorme et décrépite, C'est le passé, la nuit, l'enfer, qu'il décapite. Un mot que dit Paris est un ambassadeur; Paris sème des lois dans toute profondeur. Sans cesse, à travers l'ombre et la brume malsaine,
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