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Victor Hugo - L'Année terrible
Tous ces fiers vétérans, fils de la République. Car l'heure de la chute est l'heure de l'orgueil; Car la défaite augmente, aux yeux du peuple en deuil, Le resplendissement farouche des trophées; Les âmes de leur feu se sentent réchauffées; La vision des grands est salubre aux petits. Nous éterniserons ces monuments, bâtis Par les morts dont survit l'oeuvre extraordinaire; Ces morts puissants jadis passaient dans le tonnerre, Et de leur marche encore on entend les éclats; Et les pâles vivants d'à présent sont, hélas! Moins qu'eux dans la lumière et plus qu'eux dans la tombe.
Ecoutez, c'est la pioche! écoutez, c'est la bombe! Qui donc fait bombarder ? qui donc fait démolir ? Vous ?
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Le penseur frémit, pareil au vieux roi Lear Qui parle à la tempête et lui fait des reproches. Quels signes effrayants! d'affreux jours sont-ils proches ? Est-ce que l'avenir peut être assassiné ? Est-ce qu'un siècle meurt quand l'autre n'est pas né ? Vertige! de qui donc Paris est-il la proie ? Un pouvoir le mutile, un autre le foudroie. Ainsi deux ouragans luttent au Sahara. C'est à qui frappera, c'est à qui détruira. Peuple, ces deux chaos ont tort; je blâme ensemble Le firmament qui tonne et la terre qui tremble.
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Soit. De ces deux pouvoirs, dont la colère croît, L'un a pour lui la loi, l'autre a pour lui le droit; Versaille a la paroisse et Paris la commune; Mais sur eux, au-dessus de tous, la France est une; Et d'ailleurs, quand il faut l'un sur l'autre pleurer, Est-ce bien le moment de s'entre-dévorer, Et l'heure choisie pour la lutte est-elle bien choisie ? O fratricide! Ici toute la frénésie Des canons, des mortiers, des mitrailles; et là Le vandalisme; ici Charybde, et là Scylla. Peuple, ils sont deux. Broyant tes splendeurs étouffées, Chacun ôte à ta gloire un de tes deux trophées; Nous vivons dans des temps sinistres et nouveaux,
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