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Victor Hugo - L'Année terrible
Pour parler de progrès, d'équité, de justice ? Leur naufrage suffit pour que tout s'engloutisse. Témérités sans nom! le bien au mal mêlé! On voit couler, du haut de l'azur étoilé, Un sang céleste après ces lâches hardiesses. Blesser les vérités, c'est blesser les déesses.
VII
Le penseur est lugubre au fond des solitudes. Ce n'est plus l'esprit calme aux graves attitudes; Les éclairs indignés dans sa prunelle ont lui; Il n'est plus libre, il a de la colère en lui; Il est le prisonnier sinistre de la haine. Lui, ce frère apaisant l'homme dans sa géhenne, Lui, dont la vie en flots d'amour se répandit, Lui le consolateur, le voilà qui maudit! Lui qui croyait n'avoir jamais d'autre souffrance Que tout le genre humain, il souffre dans la France; Il reconnaît qu'il est sur terre un coin sacré, La patrie, et cher, même au coeur démesuré, Et que l'âme du sage est quelquefois amère, Et qu'il redevient fils s'il voit saigner sa mère.
Certe, il ne sera pas toujours désespéré. Un jour dans son regard reviendront par degré Les augustes rayons de l'aube après l'éclipse; On verra, certe, après l'infâme apoca1ypse, Reparaître sur lui lentement les blancheurs Que Dieu fait dans la nuit poindre au front des chercheurs, Et que de loin envoie à l'homme, au gouffre, au bagne, Le grand astre caché derrière la montagne, Oui, la paix renaîtra. Les peuples s'aimeront.
En attendant, il gronde et médite. L'affront Est une majesté de plus pour ce génie. Il a des flamboiements de fureur infinie; Fauve, il menace. Arrière, union, joie, amour! On doit la paix au cygne et la guerre au vautour. Est-ce qu'on ne voit pas qu'il pleure sa patrie ?
Il jette aux vents sa strophe irritée et meurtrie; Par moments il regarde au loin, l'oeil plein d'ennui; On dirait qu'il fait fuir des monstres devant lui Avec une secousse énorme de crinière; Il semble un spectre errant qui n'a plus de tanière;
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