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Victor Hugo - L'Année terrible
Faire de bien, du moins ne pas faire de mal.
La chimère est aux rois, le peuple a l'idéal.
Quoi! bannir celui-ci, jeter l'autre aux bastilles! Jamais! Quoi! déclarer que les prisons, les grilles, Les barreaux, les geôliers et l'exil ténébreux, Ayant été mauvais pour nous, sont bons pour eux ? Non, je n'ôterai, moi, la patrie à personne; Un reste d'ouragan dans mes cheveux frissonne, On comprendra qu'ancien banni, je ne veux pas Faire en dehors du juste et de l'honnête un pas; J'ai payé de vingt ans d'exil ce droit austère D'opposer aux fureurs un refus solitaire Et de fermer mon âme aux aveugles courroux; Si je vois les cachots sinistres, les verroux, Les chaînes menacer mon ennemi, je l'aime, Et je donne un asile à mon proscripteur même; Ce qui fait qu'il est bon d'avoir été proscrit. Je sauverais Judas si j'étais Jésus-Christ.
Je ne prendrai jamais ma part d'une vengeance. Trop de punition pousse à trop d'indulgence, Et je m'attendrirais sur Caïn torturé. Non, je n'opprime pas! jamais je ne tuerai! Jamais, ô Liberté, devant ce que je brise, On ne te verra faire un signe de surprise. Peuple, pour te servir, en ce siècle fatal, Je veux bien renoncer à tout, au sol natal, A ma maison d'enfance, à mon nid, à mes tombes, A ce bleu ciel de France où volent des colombes, A Paris, champ sublime où j'étais moissonneur, A la patrie, au toit paternel, au bonheur; Mais j'entends rester pur, sans tache et sans puissance. Je n'abdiquerai pas mon droit à l'innocence.
VI
TALION
Quoi! parce que Vinoy, parce que Billioray Sont dans le faux, il sied que tout soit hors du vrai! Il faut tuer Duval puisqu'on tua Lecomte! A ce raisonnement vous trouvez votre compte, Et cet autre argument vous parait sans rival: Il faut tuer Bonjean puisqu'on tua Duval!
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