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Victor Hugo - L'Année terrible

On ne va point au vrai par une route oblique.
Sois juste; c'est ainsi qu'on sert la république;

Le devoir envers elle est l'équité pour tous;

Pas de colère; et nul n'est juste s'il n'est doux.

La Révolution est une souveraine;

Le peuple est un lutteur prodigieux qui traîne

Le passé vers le gouffre et l'y pousse du pied;

Soit. Mais je ne connais, dans l'ombre qui me sied,

Pas d'autre majesté que toi, ma conscience.

J'ai la foi. Ma candeur sort de l'expérience.

Ceux que j'ai terrassés, je ne les brise pas.

Mon cercle c'est mon droit, leur droit est mon compas;

Qu'entre mes ennemis et moi tout s'équilibre;

Si je les vois liés, je ne me sens pas libre;

A demander pardon j'userais mes genoux

Si je versais sur eux ce qu'ils jetaient sur nous.

Jamais je ne dirai: - « Citoyens, le principe

Qui se dresse pour nous contre nous se dissipe;

Honorons la droiture en la congédiant;

La probité s'accouple avec l'expédient. » -

Je n'irai point cueillir, tant je craindrais les suites,

Ma logique à la lèvre impure des jésuites;

Jamais je ne dirai: - « Voilons la vérité! »

Jamais je ne dirai: - « Ce traître a mérité,

Parce qu'il fut pervers, que, moi, je sois inique;

Je succède à sa lèpre; il me la communique;

Et je fais, devenant le même homme que lui,

De son forfait d'hier ma vertu d'aujourd'hui.

Il était mon tyran, il sera ma victime. »

Le talion n'est pas un reflux légitime.

Ce que j'étais hier, je veux l'être demain.

Je ne pourrais pas prendre un crime dans ma main

En me disant: - Ce crime était leur projectile;

Je le trouvais infâme et je le trouve utile;

Je m'en sers, et je frappe, ayant été frappé. -

Non, l'espoir de me voir petit sera trompé.

Quoi! je serais sophiste ayant été prophète!

Mon triomphe ne peut renier ma défaite;

J'entends rester le même, ayant beaucoup vécu,

Et qu'en moi le vainqueur soit fidèle au vaincu.

Non, je n'ai pas besoin, Dieu, que tu m'avertisses;

Pas plus que deux soleils je ne vois deux justices;

Nos ennemis tombés sont là; leur liberté

Et la nôtre, ô vainqueurs, c'est la même clarté.

En éteignant leurs droits nous éteignons nos astres.

Je veux, si je ne puis après tant de désastres

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