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Victor Hugo - L'Année terrible
La volonté, brusque hippogriffe, Dans son crépuscule apparaît!
C'est sur ce coursier formidable, Quand le Génie humain voulut, Qu'il aborda l'inabordable, Seul avec sa torche et son luth. Lorsqu'il partit, âme élancée, L'astre Amour, le soleil Pensée, Rayonnaient dans l'azur béant Où la nuit tend ses sombres toiles, Et Dieu donna ces deux étoiles Pour éperons à ce géant.
Les grands coeurs en qui Dieu se crée Ont, tandis qu'autour d'eux tout fuit, La curiosité sacrée Du précipice et de la nuit. Toute découverte est un gouffre. Mourir, qu'importe! on plonge, on souffre; Vivre inutile, c'est trop long. De l'insensé naît le sublime; Et derrière lui dans l'abîme Empédocle attire Colomb.
Mers qu'on sonde! cieux qu'on révèle! Chacun de ces chercheurs de Dieu Prend un infini sur ton aile, Fulton le vert, Herschell le Bleu; Magellan part, Fourier s'envole; La foule ironique et frivole Ignore ce qu'ils ont rêvé, Les voit sombrer dans l'étendue, Et dit: C'est une âme perdue. Foule! c'est un monde trouvé!
II
LA MERE QUI DEFEND SON PETIT
Au milieu des forêts, asiles des chouettes, Où chuchotent tout bas les feuilles inquiètes, Dans les halliers, que semble emplir un noir dessein, Pour le doux nouveau-né qui frissonne à son sein, Pour le tragique enfant qu'elle emporte effarée, Dès qu'elle voit la nuit croître, sombre marée,
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