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Victor Hugo - L'Année terrible
Je marche, en deuil, mais fier; derrière le devoir Je vais droit à l'abîme.
IV
L'ENTERREMENT
Le tambour bat aux champs et le drapeau s'incline. De la Bastille au pied de la morne colline Où les siècles passés près du siècle vivant Dorment sous les cyprès peu troublés par le vent, Le peuple a l'arme au bras; le peuple est triste; il pense; Et ses grands bataillons font la haie en silence.
Le fils mort et le père aspirant au tombeau Passent, l'un hier encor vaillant, robuste et beau, L'autre vieux et cachant les pleurs de son visage; Et chaque légion les salue au passage.
O peuple! ô majesté de l'immense douceur! Paris, cité soleil, vous que l'envahisseur N'a pu vaincre, et qu'il a de tant de sang rougie, Vous qu'un jour on verra, dans la royale orgie, Surgir, l'éclair au front, comme le commandeur, O ville, vous avez ce comble de grandeur De faire attention à la douleur d'un homme. Trouver dans Sparte une âme et voir un coeur dans Rome, Rien n'est plus admirable; et Paris a dompté L'univers par la force où l'on sent la bonté. Ce peuple est un héros et ce peuple est un juste. Il fait bien plus que vaincre, il aime.
O ville auguste, Ce jour-là tout tremblait, les révolutions Grondaient, et dans leur brume, à travers des rayons, Tu voyais devant toi se rouvrir l'ombre affreuse Qui par moments devant les grands peuples se creuse; Et l'homme qui suivait le cercueil de son fils T'admirait, toi qui, prête à tous les fiers défis, Infortunée, as fait l'humanité prospère; Sombre, il se sentait fils en même temps que père, Père en pensant à lui, fils en pensant à toi.
Que ce jeune lutteur illustre et plein de foi, Disparu dans le lieu profond qui nous réclame, O peuple, ait à jamais près de lui ta grande âme!
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