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Victor Hugo - L'Année terrible

Où si l'on est tué, du moins c'est par la mer;
Allons chercher l'insulte auguste de l'éclair,

La fureur jamais basse et la grande amertume,

Le vrai gouffre, et quittons la bave pour l'écume.

III

LE DEUIL

Charle! Charle! ô mon fils! quoi donc! tu m'as quitté
Ah! tout fuit! rien ne dure!

Tu t'es évanoui dans la grande clarté

Qui pour nous est obscure.

Charles, mon couchant voit périr ton orient.
Comme nous nous aimâmes!

L'homme, hélas! crée, et rêve, et lie en souriant

Son âme à d'autre âmes;

Il dit: C'est éternel! et poursuit son chemin;
Il se met à descendre,

Vit, souffre, et tout à coup dans le creux de sa main

N'a plus que de la cendre.

Hier j'étais proscrit. Vingt ans, des mers captif,
J'errai, l'âme meurtrie;

Le sort nous frappe, et seul il connaît le motif.

Dieu m'ôta la patrie.

Aujourd'hui je n'ai plus de tout ce que j'avais
Qu'un fils et qu'une fille;

Me voilà presque seul dans cette ombre où je vais;

Dieu m'ôte la famille.

Oh! demeurez, vous deux qui me restez! nos nids
Tombent, mais votre mère

Vous bénit dans la mort sombre, et je vous bénis,

Moi, dans la vie amère.

Oui, pour modèle ayant le martyr de Sion,
J'achèverai ma lutte,

Et je continuerai la rude ascension

Qui ressemble à la chute.

Suivre la vérité me suffit; sans rien voir
Que le grand but sublime,

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