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Victor Hugo - L'Année terrible
Et l'on n'a pas encor décloué Jésus-Christ.
MARS
I
N'importe, ayons foi! Tout s'agite, Comme au fond d'un songe effrayant, Tout marche et court, et l'homme quitte L'ancien rivage âpre et fuyant. On va de la nuit à l'aurore, Du noir sépulcre au nid sonore, Et des hydres aux alcyons. Les téméraires sont les sages. Ils sondent ces profonds passages Qu'on nomme Révolutions.
Prophètes maigris par les jeûnes, O poètes au fier clairon, Tous, les anciens comme les jeunes, Isaïe autant que Byron, Vous indiquez le but suprême Au genre humain, toujours le même Et toujours nouveau sous le ciel; Vous jetez dans le vent qui vole La même éternelle parole Au même passant éternel.
Votre voix tragique et superbe Plonge en bas et remonte en haut; Vous demandez à Dieu le verbe Et vous donnez au sphinx le mot. Tout l'itinéraire de l'homme, Quittant Sion, dépassant Rome, Au prêtre qui chancelle ou fuit Semble une descente d'abîme; On entend votre bruit sublime, Avertissement dans la nuit.
Vous tintez le glas pour le traître Et pour le brave le tocsin; On voit paraître et disparaître Vos hymnes, orageux essaim; Vos vers sibyllins vont et viennent; Dans son dur voyage ils soutiennent
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