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Victor Hugo - L'Année terrible
Les nations, courbant la tête, n'avaient plus D'autre philosophie en ces flux et reflux Que la rapidité des chars passant sur elles; Nul ne voyait le but de ces vaines querelles; Et Flaccus s'écriait: - Puisque tout fuit, aimons, Vivons, et regardons tomber l'ombre des monts; Riez, chantez, cueillez des grappes dans les treilles Pour les pendre, ô Lydé, derrière vos oreilles; Ce peu de chose est tout. Par Bacchus, sur le poids Des héros, des glandeurs, de la gloire et des rois, Je questionnerai Caron, le passeur d'ombres! -
Depuis on a compris. Les foules et les nombres Ont perdu leur aspect de chaos par degrés, Laissant vaguement voir quelques points éclairés.
Quoi! la guerre, le choc alternatif et rude Des batailles tombant sur l'âpre multitude, Sur le choc triste et brut des fauves nations, Quoi! ces frémissements et ces commotions Que donne au droit qui naît, au peuple qui se lève, La rencontre sonore et féroce du glaive, Ce vaste tourbillon d'étincelles qui sort Des combats, des héros s'entre-heurtant, du sort, Ce tumulte insensé des camps et des tueries, Quoi! le piétinement de ces cavaleries, Les escadrons couvrant d'éclairs les régiments, Quoi! ces coups de canon battant ces murs fumants, Ces coups d'épieux, ces coups d'estocs, ces coups de piques, Le retentissement des cuirasses épiques, Ces victoires broyant les hommes, cet enfer, Quoi! les sabres sonnant sur les casques de fer, L'épouvante, les cris des mourants qu'on égorge... - C'est le bruit des marteaux du progrès dans la forge. - Hélas
En même temps, l'infini, qui connaît L'endroit où chaque cause aboutit, et qui n'est Qu'une incommensurable et haute conscience, Faite d'immensité, de paix, de patience, Laisse, sachant le but, choisissant le moyen, Souvent, hélas! le mal se faire avec du bien; Telle est la profondeur de l'ordre; obscur, suprême, Tranquille, et s'affirmant par ses démentis même. C'est ainsi qu'un bandit de Marc-Auréle est né; C'est ainsi que, hideux, devant l'homme étonné,
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