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Victor Hugo - L'Année terrible
Pour atteindre à des bords nouveaux et fécondables! Les découvertes sont des filles formidables Qui dans leur lit tragique étouffent leurs amants. O loi! tous les tombeaux contiennent des aimants; Les grands coeurs ont l'amour lugubre du martyre, Et le rayonnement du précipice attire.
Ceux-ci sacrifiant, ceux-là sacrifiés.
Cette croissance humaine où vous vous confiez Sur nos difformités se développe et monte. Destin terrifiant! tout sert, même la honte; La prostitution a sa fécondité; Le crime a son emploi dans la fatalité; Etant corruption, un germe y peut éclore. Ceci qu'on aime naît de ceci qu'on déplore. Ce qu'on voit clairement, c'est qu'on souffre. Pourquoi ? On entre dans le mieux avec des cris d'effroi; On sort presque à regret du pire où l'on séjourne. Le genre humain gravit un escalier qui tourne Et plonge dans la nuit pour rentrer dans le jour; On perd le bien de vue et le mal tour à tour; Le meurtre est bon; la mort sauve; la loi morale Se courbe et disparaît dans l'obscure spirale. A de certains moments, à Tyr comme à Sion, Ce qu'on prend pour le crime est la punition; Punition utile et féconde, où surnage On ne sait quelle vie éclose du carnage. Les dalles de l'histoire, avec leurs affreux tas De trahisons, de vols, d'ordures, d'attentats, Avec leur effroyable encombrement de boue Où de tous les Césars on voit passer la roue, Avec leurs Tigellins, avec leurs Borgias, Ne seraient que l'étable infâme d'Augias, La latrine et l'égout du sort, sans le lavage De sang que par instants Dieu fait sur ce pavage. C'est dans le sang que Rome et Venise ont fleuri. Du sang! et l'on entend dans l'histoire ce cri: - Une aile sort du ver et l'un engendre l'autre. L'âge qui plane est fils du siècle qui se vautre. - Le monde reverdit dans le deuil, dans l'horreur; Champ sombre dont Nemrod est le dur laboureur!
Toute fleur est d'abord fumier, et la nature Commence par manger sa propre pourriture; La raison n'a raison qu'après avoir eu tort;
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