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Victor Hugo - L'Année terrible
Jusque-là, le dédain qui sied à la douleur. L'oeil âprement baissé convient à la défaite. Libre, on était apôtre, esclave, on est prophète; Nous sommes garrottés! Plus de nations soeurs! Et je prédis l'abîme à nos envahisseurs. C'est la fierté de ceux qu'on a mis à la chaîne De n'avoir désormais d'autre abri que la haine. Aimer les Allemands ? Cela viendra, le jour Où par droit de victoire on aura droit d'amour. La déclaration de paix n'est jamais hanche De ceux qui, terrassés, n'ont pas pris leur revanche; Attendons notre tour de barrer le chemin. Mettons-les sous nos pieds, puis tendons-leur la main. Je ne puis que saigner tant que la France pleure. Ne me parlez donc pas de concorde à cette heure; Une fraternité bégayée à demi Et trop tôt, fait hausser l'épaule à l'ennemi; Et l'offre de donner aux rancunes relâche Qui demain sera digne, aujourd'hui serait lâche.
V
LOI DE FORMATION DU PROGRES
Une dernière guerre! hélas, il la faut! oui.
Quoi! le deuil triomphant, le meurtre épanoui, Sont les conditions de nos progrès! Mystère! Quel est donc ce travail étrange de la terre ? Quelle est donc cette loi du développement De l'homme par l'enfer, la peine et le tourment ? Pour quelque but final dont notre humble prunelle N'aperçoit même pas la lueur éternelle, L'être des profondeurs a-t-il donc décrété, Dans les azurs sans fond de la sublimité, Que l'homme ne doit point faire un pas qui n'enseigne De quel pied il chancelle et de quel flanc il saigne, Que la douleur est l'or dont se paie ici-bas Le bonheur acheté par tant d'âpres combats; Que toute Rome doit commencer par un antre; Que tout enfantement doit déchirer le ventre; Qu'en ce monde l'idée aussi bien que la chair Doit saigner, et, touchée en naissant par le fer, Doit avoir, pour le deuil comme pour l'espérance, Son mystérieux sceau de vie et de souffrance Dans cette cicatrice auguste, le nombril;
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