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Victor Hugo - L'Année terrible

Vit, guette tous vos pas, vous juge, vous défie,
Et vous attend. J'affirme et je vous certifie

Que vous seriez hardis d'y toucher seulement

Rien que pour essayer et pour voir un moment!

Rois, larrons! vous avez des poches assez grandes
Pour y mettre tout l'or du pays, les offrandes

Des pauvres, le budget, tous nos millions, mais

Pour y mettre nos droits et notre honneur, jamais!

Jamais vous n'y mettrez la grande République.

D'un côté tout un peuple; et de l'autre une clique!

Qu'est votre droit divin devant le droit humain ?

Nous votons aujourd'hui, nous voterons demain.

Le souverain, c'est nous; nous voulons, tous ensemble,

Régner comme il nous plaît, choisir qui bon nous semble,

Nommer qui nous convient dans notre bulletin.

Gare à qui met la griffe aux boites du scrutin!

Gare à ceux d'entre vous qui fausseraient le vote!

Nous leur ferions danser une telle gavotte,

Avec des violons si bien faits tout exprès,

Qu'ils en seraient encor pâles dix ans après!

III

PHILOSOPHIE DES SACRES ET COURONNEMENTS

Cet homme est laid, cet homme est vieux, cet homme est bête.
Qu'est-ce que vous mettez sur cette pauvre tête ?

Une couronne ? Non, deux couronnes. Non, trois.

Celle des empereurs avec celle des rois,

Le laurier de César, la croix de Charlemagne,

Et puis un peu de France et beaucoup d'Allemagne.

Sous cet amas jadis Charles Quint vacilla.

La paix du monde tient à ce que tout cela

Sur ce vieux front tremblant demeure en équilibre.

Ce bonhomme vraiment serait plus heureux libre,

Et sans lui nous serions plus à notre aise aussi.

S'il a mal digéré, le ciel est obscurci;

Son moindre borborygme est une âpre secousse;

On chancelle s'il crache, on s'écroule s'il tousse;

Son ignorance fait sur la terre un brouillard.

Pourquoi ne pas laisser tranquille ce vieillard ?

S'il n'avait ni soldats, ni ducs, ni connétables,

Nous le recevrions volontiers à nos tables;

Nos verres, sous le pampre, au soleil, en plein vent,

Choqueraient le tien, sire, et tu serais vivant.

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