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Victor Hugo - L'Année terrible

Entre France et Prusse on s'abhorre;
Tout ce troupeau d'hommes nous hait;

Et notre éclipse est leur aurore,

Et notre tombe est leur souhait;

Naufrage! Adieu les grandes tâches!
Tout est trompé; tout est trompeur;

On dit de nos drapeaux: Ces lâches!

Et de nos canons: Ils ont peur!

Plus de fierté; plus d'espérance;
Sur l'histoire un suaire épais... -

Dieu, ne fais pas tomber la France

Dans l'abîme de cette paix!

Bordeaux, 14 février.

II

AUX REVEURS DE MONARCHIE

Je suis en république, et pour roi j'ai moi-même.
Sachez qu'on ne met point aux voix ce droit suprême;

Ecoutez bien, messieurs, et tenez pour certain

Qu'on n'escamote pas la France un beau matin.

Nous, enfants de Paris, cousins des Grecs d'Athènes,

Nous raillons et frappons. Nous avons dans les veines

Non du sang de fellahs ni du sang d'esclavons,

Mais un bon sang gaulois et français. Nous avons

Pour pères les grognards et les Francs pour ancêtres:

Retenez bien ceci que nous sommes les maîtres.

La Liberté jamais en vain ne nous parla.

Souvenez-vous aussi que nos mains que voilà,

Ayant brisé des rois, peuvent briser des cuistres.

Bien. Faites-vous préfets, ambassadeurs, ministres,

Et dites-vous les uns aux autres grand merci.

O faquins, gorgez-vous. N'ayez d'autre souci,

Dans ces royaux logis dont vous faites vos antres,

Que d'aplatir vos coeurs et d'arrondir vos ventres;

Emplissez-vous d'orgueil, de vanité, d'argent,

Bien. Allez. Nous aurons un mépris indulgent,

Nous nous détournerons et vous laisserons faire;

L'homme ne peut hâter l'heure que Dieu diffère.

Soit. Mais n'attentez pas au droit du peuple entier.

Le droit au fond des coeurs, libre, indomptable, altier

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