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Victor Hugo - L'Année terrible
Ignare, et, doux lutteur, à travers ce réseau De nuée et de vent qui flotte dans l'espace, Il vole, il a son but, il veut, il cherche, il passe, Reconnaissant d'en haut fleuves, arbres, buissons, Par-dessus la rondeur des blêmes horizons. Il songe à sa femelle, à sa douce couvée, Au nid, à sa maison, pas encor retrouvée, Au roucoulement tendre, au mois de mai charmant; Il vole; et cependant, au fond du firmament, Il traîne à son insu toute notre ombre humaine; Et tandis que l'instinct vers son toit le ramène Et que sa petite âme est toute à ses amours, Sous sa plume humble et frêle il a les noirs tambours, Les clairons, la mitraille éclatant par volées, La France et l'Allemagne éperdument mêlées, La bataille, l'assaut, les vaincus, les vainqueurs, Et le chuchotement mystérieux des coeurs, Et le vaste avenir qui, fatal, enveloppe Dans le sort de Paris le destin de l'Europe.
Oh! qu'est-ce que c'est donc que l'Inconnu qui fait Croître un germe malgré le roc qui l'étouffait; Qui, tenant, maniant, mêlant les vents, les ondes, Les tonnerres, la mer où se perdent les sondes, Pour faire ce qui vit prenant ce qui n'est plus, Maître des infinis, a tous les superflus, Et qui, puisqu'il permet la faute, la misère, Le mal, semble parfois manquer du nécessaire; Qui pour une hirondelle édifie un donjon, Qui pour créer un lys, ou gonfler un bourgeon, Ou pousser une feuille à travers les écorces, Prodigue l'océan mystérieux des forces; Qui n'a l'air de savoir que faire de l'amas Des neiges, et de l'urne obscure des frimas Toujours prête à noyer les cieux; qui parfois semble, Laissant dépendre tout d'un point d'appui qui tremble, D'un roseau, d'un hasard, d'un souffle aérien, S'épuiser en efforts prodigieux pour rien; Qui se sert d'un titan moins bien que d'un pygmée; Qui dépense en colère inutile, en fumée, Tous ces géants, Vésuve, Etna, Chimborazo, Et fait porter un monde à l'aile d'un oiseau!
VIII
LA SORTIE
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