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Victor Hugo - L'Année terrible
Quand la meute des rois voraces, quand l'essaim De tous les noirs oiseaux qu'anime un vil dessein Et que l'instinct féroce aux carnages attire, Quand la guerre, à la fois larron, hydre et satyre, Quand les fléaux, que l'ombre inexorable suit, Envahissent l'azur des peuples, font la nuit, Ne vous en mêlez pas, vous soldat cher au prêtre; Laissez la France au seuil des gouffres apparaître, Se dresser, empourprer les cimes, resplendir, Et, dardant en tous sens, du zénith au nadir, Son éblouissement qui sauve et qui dévore, Terrible, délivrer le ciel à coups d'aurore!
VI
UNE BOMBE AUX FEUILLANTINES
Qu'es-tu ? quoi, tu descends de là-haut, misérable! Quoi! toi, le plomb, le feu, la mort, l'inexorable, Reptile de la guerre au sillon tortueux, Quoi! toi, l'assassinat cynique et monstrueux Que les princes du fond des nuits jettent aux hommes, Toi, crime, toi, ruine et deuil, toi qui te nommes Haine, effroi, guet-apens, carnage, horreur, courroux, C'est à travers l'azur que tu t'abats sur nous! Chute affreuse de fer, éclosion infâme, Fleur de bronze éclatée en pétales de flamme, O vile foudre humaine, ô toi par qui sont grands Les bandits, et par qui sont divins les tyrans, Servante des forfaits royaux, prostituée, Par quel prodige as-tu jailli de la nuée ? Quelle usurpation sinistre de l'éclair! Comment viens-tu du ciel, toi qui sors de l'enfer!
L'homme que tout à l'heure effleura ta morsure, S'était assis pensif au coin d'une masure. Ses yeux cherchaient dans l'ombre un rêve qui brilla; Il songeait; il avait, tout petit, joué là; Le passé devant lui, plein de voix enfantines, Apparaissait; c'est là qu'étaient les Feuillantines; Ton tonnerre idiot foudroie un paradis. Oh! que c'était charmant! comme on riait jadis! Vieillir, c'est regarder une clarté décrue. Un jardin verdissait où passe cette rue. L'obus achève, hélas, ce qu'a fait le pavé. Ici les passereaux pillaient le sénevé,
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