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Victor Hugo - L'Année terrible
Sa croissance mêlée à la grandeur du monde, Ses révolutions, son exemple, et le bruit Du prodige qu'au fond de sa forge il construit, Quoi! ce qu'il fonde, invente, ébauche, essaie, et crée, Quoi! l'avenir couvé sous son aile sacrée, Tout s'évanouirait dans un coup de canon! Quoi! ton rêve, ô Paris, serait un rêve! non.
Paris est du progrès toute la réussite. Qu'importe que le nord roule son noir Cocyte, Et qu'un flot de passants le submerge aujourd'hui, Les siècles sont pour lui si l'heure est contre lui. Il ne périra pas.
Quand la tempête gronde, Mes amis, je me sens une foi plus profonde; Je sens dans l'ouragan le devoir rayonner, Et l'affirmation du vrai s'enraciner. Car le péril croissant n'est pour l'âme autre chose Qu'une raison de croître en courage, et la cause S'embellit, et le droit s'affermit, en souffrant, Et l'on semble plus juste alors qu'on est plus grand. Il m'est fort malaisé, quant à moi, de comprendre Qu'un lutteur puisse avoir un motif de se rendre; Je n'ai jamais connu l'art de désespérer; Il faut pour reculer, pour trembler, pour pleurer, Pour être lâche, et faire avec l'honneur divorce, Se donner une peine au-dessus de ma force.
V
SOMMATION
Laissez-la donc aller cette France immortelle! Ne la conduisez pas! Et quel besoin a-t-elle De vous, soldat vaillant, mais enclin à charger Les saints du ciel du soin d'écarter le danger ? Pour Paris dont on voit flamboyer la couronne A travers le nuage impur qui l'environne, Pour ce monde en péril, pour ce peuple en courroux, Vous êtes trop pieux, trop patient, trop doux; Et ce sont des vertus dont nous n'avons que faire. Vous croyez-vous de force à remorquer la sphère Qui, superbe, impossible à garder en prison, Sort de l'ombre au-dessus du sinistre horizon ? Laissez la France, énorme étoile échevelée,
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