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Victor Hugo - L'Année terrible
Barbouille une taverne immonde avec le reste De la chaux dont il vient de blanchir un tombeau. Son piédestal souillé se change en escabeau; L'honneur lui semble lourd, rouillé, gothique; il raille Cette armure sévère, et dit: Vieille ferraille! Jadis des fiers combats il a joué le jeu; Duperie. Il fut grand, et s'en méprise un peu. Il est sa propre insulte et sa propre ironie. Il est si bien esclave à présent qu'il renie, Indigné, son passé, perdu dans la vapeur; Et quant à sa bravoure ancienne, il en a peur.
Mais quoi, reproche-t-on à la mer qui s'écroule L'onde, et ses millions de têtes à la foule ? Que sert de chicaner ses erreurs, son chemin, Ses retours en arrière, à ce nuage humain, A ce grand tourbillon des vivants, incapable, Hélas! d'être innocent comme d'être coupable ? A quoi bon ? Quoique vague, obscur, sans point d'appui, Il est utile; et, tout en flottant devant lui, Il a pour fonction, à Paris comme à Londre, De faire le progrès, et d'autres d'en répondre; La république anglaise expire, se dissout, Tombe, et laisse Milton derrière elle debout; La foule a disparu, mais le penseur demeure; C'est assez pour que tout germe et que rien ne meure. Dans les chutes du droit rien n'est désespéré. Qu'importe le méchant heureux, fier, vénéré ? Tu fais des lâchetés, ciel profond; tu succombes Rome; la liberté va vivre aux catacombes; Les dieux sont au vainqueur, Caton reste aux vaincus. Kosciusko surgit des os de Galgacus. On interrompt Jean Huss; soit; Luther continue. La lumière est toujours par quelque bras tenue; On mourra, s'il le faut, pour prouver qu'on a foi; Et volontairement, simplement, sans effroi, Des justes sortiront de la foule asservie, Iront droit au sépulcre et quitteront la vie, Ayant plus de dégoût des hommes que des vers. Oh! ces grands Régulus, de tant d'oubli couverts, Arria, Porcia, ces héros qui sont femmes, Tous ces courages purs, toutes ces fermes âmes, Cursius, Adam Lux, Thraséas calme et fort, Ce puissant Condorcet, ce stoïque Chamfort, Comme ils ont chastement quitté la terre indigne! Ainsi fuit la colombe, ainsi plane le cygne,
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