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Victor Hugo - L'Année terrible
Guettent, ayant pour lit la planche de leurs bancs. Soit. Moltke nous canonne et Bismarck nous affame. Paris est un héros, Paris est une femme; Il sait être vaillant et charmant; ses yeux vont, Souriants et pensifs, dans le grand ciel profond, Du pigeon qui revient au ballon qui s'envole. C'est beau; le formidable est sorti du frivole. Moi, je suis là, joyeux de ne voir rien plier. Je dis à tous d'aimer, de lutter, d'oublier, De n'avoir d'ennemi que l'ennemi; je crie: Je ne sais plus mon nom, je m'appelle Patrie! Quant aux femmes, soyez très fière, en ce moment Où tout penche, elles sont sublimes simplement. Ce qui fit la beauté des Romaines antiques [ Praestabat castas humilis fortunas Latinas, Casulae, somnique breves, et vellere tusco Vexatae duraeque manus, et proximus urbis Annibal, et stantes Collina in turre mariti. JUVÉNAL. ] , C'étaient leurs humbles toits, leurs vertus domestiques, Leurs doigts que l'âpre laine avait faits noirs et durs, Leurs courts sommeils, leur calme, Annibal près des murs, Et leurs maris debout sur la porte Colline. Ces temps sont revenus. La géante féline, La Prusse tient Paris, et, tigresse, elle mord Ce grand coeur palpitant du monde à moitié mort. Eh bien, dans ce Paris, sous l'étreinte inhumaine, L'homme n'est que Français, et la femme est Romaine. Elles acceptent tout, les femmes de Paris, Leur âtre éteint, leurs pieds par le verglas meurtris, Au seuil noir des bouchers les attentes nocturnes, La neige et l'ouragan vidant leurs froides urnes, La famine, l'horreur, le combat, sans rien voir Que la grande pairie et que le grand devoir; Et Juvénal au fond de l'ombre est content d'elles. Le bombardement fait gronder nos citadelles. Dès l'aube, le tambour parle au clairon lointain; La diane réveille, au vent frais du matin, La grande ville pâle et dans l'ombre apparue; Une vague fanfare erre de rue en rue. On fraternise, on rêve un succès; nous offrons Nos coeurs à l'espérance, à la foudre nos fronts. La ville par la gloire et le malheur élue Voit arriver les jours terribles et salue. Eh bien, on aura froid! eh bien, on aura faim!
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