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Victor Hugo - L'Année terrible
Quand vous aurez assez donné vos biens, vos droits, Votre honneur, vos enfants, à dévorer aux rois; Quand vous verrez César envahir vos provinces; Quand vous aurez pesé de deux façons vos princes, Quand vous vous serez dit: ces maîtres des humains Sont lourds à notre épaule et légers dans nos mains; Quand, tout ceci passé, vous verrez les entailles Qu'auront faites sur nous et sur vous les batailles; Quand ces charbons ardents dont en France les plis Des drapeaux, des linceuls, des âmes, sont remplis, Auront ensemencé vos profondeurs funèbres, Quand ils auront creusé lentement vos ténèbres, Quand ils auront en vous couvé le temps voulu, Un jour, soudain, devant l'affreux sceptre absolu, Devant les rois, devant les antiques Sodomes Devant le mal, devant le joug, vous, forêt d'hommes, Vous aurez la colère énorme qui prend feu; Vous vous ouvrirez, gouffre, à l'ouragan de Dieu; Gloire au Nord! ce sera l'aurore boréale Des peuples, éclairant une Europe idéale! Vous crierez: - Quoi! des rois! quoi donc! un empereur! Quel éblouissement, l'Allemagne en fureur! Va, peuple! O vision! combustion sinistre De tout le noir passé, prêtre, autel, roi, ministre, Dans un brasier de foi, de vie et de raison, Faisant une lueur immense à l'horizon! Frères, vous nous rendrez notre flamme agrandie. Nous sommes le flambeau, vous serez l'incendie.
JANVIER 1871
I
1er JANVIER
Enfant, on vous dira plus tard que le grand-père Vous adorait; qu'il fit de son mieux sur la terre, Qu'il eut fort peu de joie et beaucoup d'envieux, Qu'au temps où vous étiez petits il était vieux, Qu'il n'avait pas de mots bourrus ni d'airs moroses, Et qu'il vous a quittés dans la saison des roses; Qu'il est mort, que c'était un bonhomme clément; Que, dans l'hiver fameux du grand bombardement, Il traversait Paris tragique et plein d'épées, Pour vous porter des tas de jouets, des poupées,
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