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Victor Hugo - L'Année terrible

Vous puiserez chez nous l'altière volonté
D'exister, et d'avoir au front une clarté;

Et le ferme dessein n'aura rien de vulgaire

Que vous emporterez dans votre sac de guerre;

Ce sera l'âpre ardeur de faire comme nous,

Et d'être tous égaux et d'être libres tous;

Allemands, ce sera l'intention formelle

De foudroyer ce tas de trônes pêle-mêle,

De tendre aux nations la main, et de n'avoir

Pour maître que le droit, pour chef que le devoir;

Afin que l'univers sache, s'il le demande,

Que l'Allemagne est forte et que la France est grande;

Que le Germain candide est enfin triomphant,

Et qu'il est l'homme peuple et non le peuple enfant!

Vos hordes aux yeux bleus se mettront à nous suivre
Avec la joie étrange et superbe de vivre,

Et le contentement profond de n'avoir plus

D'enclumes pour forger des glaives superflus.

Le plus poignant motif que sur terre on rencontre

D'être pour la raison, c'est d'avoir été contre;

On sert le droit avec d'autant plus de vertu

Qu'on a le repentir de l'avoir combattu.

L'Allemagne, de tant de meurtres inondée,

Sera la prisonnière auguste de l'idée;

Car on est d'autant plus captif qu'on fut vainqueur;

Elle ne pourra pas rendre à la nuit son coeur;

L'Allemand ne pourra s'évader de son âme

Dont nous aurons changé la lumière et la flamme,

Et se reconnaîtra Français, en frémissant

De baiser nos pieds, lui qui buvait notre sang!

Non, vous ne prendrez pas la Lorraine et l'Alsace,
Et, je vous le redis, Allemands, quoi qu'on fasse,

C'est vous qui serez pris par la France. Comment ?

Comme le fer est pris dans l'ombre par l'aimant;

Comme la vaste nuit est prise par l'aurore;

Comme avec ses rochers, où dort l'écho sonore,

Ses cavernes, ses trous de bêtes, ses halliers,

Et son horreur sacrée et ses loups familiers,

Et toute sa feuillée informe qui chancelle,

Le bois lugubre est pris par la claire étincelle.

Quand nos éclairs auront traversé vos massifs;

Quand vous aurez subi, puis savouré, pensifs,

Cet air de France où l'âme est d'autant plus à l'aise

Qu'elle y sent vaguement flotter la Marseillaise;

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