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Victor Hugo - L'Année terrible
Du progrès qui se fait sa part à tout moment, De la création maîtresse obscurément, Du vrai démuselant l'ignorance sauvage, Et du jour qui réduit toute âme en esclavage! Esclavage superbe! obéissance au droit Par qui l'erreur s'écroule et la raison s'accroît! Délivrez-vous des monts qui vous offrent leur cime. Délivrez-vous de l'aile inconnue et sublime Que vous ne voyez pas et que vous avez tous! Délivrez-vous du vent que nous soufflons sur vous! Délivrez-vous du monde ignoré qui commence, Du devoir, du printemps et de l'espace immense! Délivrez-vous de l'eau, de la terre, de l'air, Et de notre Corneille et de votre Schiller, De vos poumons voulant respirer, des prunelles Qui vous montrent là-haut les clartés éternelles, De la vérité, vraie à toute heure, en tout lieu, D'aujourd'hui, de demain... - Délivrez-vous de Dieu! Ah! vous êtes en France, Allemands! prenez garde! Ah! barbarie! ah! foule imprudente et hagarde, Vous accourez avec des glaives! ah! vos camps, Tels que l'ardent limon vomi par les volcans, Roulent jusqu'à Paris hors de votre cratère! Ah! vous venez chez nous nous prendre un peu de terre! Eh bien, nous vous prendrons tout votre coeur!
Demain, Demain, le but français étant le but humain, Vous y courrez. Oui, vous, grande nation noire, Vous irez à l'émeute, à la lutte, à la gloire, A l'épreuve, aux grands chocs, aux sublimes malheurs, Aux révolutions, comme l'abeille aux fleurs! Hélas! vous tuez ceux par qui vous devez vivre. Qu'importe la fanfare enflant ses voix de cuivre, Ces guerres, ces fracas furieux, ces blocus! Vous semblez nos vainqueurs, vous êtes nos vaincus. Comme l'océan filtre au fond des madrépores, Notre pensée en vous entre par tous les pores; Demain vous maudirez ce que nous détestons; Et vous ne pourrez pas vous en aller, Teutons, Sans avoir fait ici provision de haine Contre Pierre et César, contre l'omble et la chaîne; Car nos regards de deuil, de colère et d'effroi, Passent par-dessus vous, peuple, et frappent le roi! Vous qui fûtes longtemps la pauvre tourbe aveugle Gémissant au hasard comme le taureau beugle,
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