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Victor Hugo - L'Année terrible
Répond un second cri, sourd, farouche, inclément, Et dans l'obscurité d'autres fracas s'écroulent, Et d'échos en échos cent voix terribles roulent. Ce sont eux. C'est qu'au fond des espaces confus, Ils ont vu se grouper de sinistres affûts, C'est qu'ils ont des canons surpris la silhouette; C'est que, dans quelque bois d'où s'enfuit la chouette, Ils viennent d'entrevoir, là-bas, au bord d'un champ, Le fourmillement noir des bataillons marchant; C'est que dans les halliers des yeux traîtres flamboient.
Comme c'est beau ces forts qui dans cette ombre aboient!
VII
A LA FRANCE
Personne pour toi. Tous sont d'accord. Celui-ci, Nommé Gladstone, dit à tes bourreaux: merci! Cet autre, nommé Grant, te conspue, et cet autre, Nommé Bancroft, t'outrage; ici c'est un apôtre, Là c'est un soldat, là c'est un juge, un tribun, Un prêtre, l'un du Nord, l'autre du Sud; pas un Que ton sang, à grands flots versé, ne satisfasse; Pas un qui sur ta croix ne te crache à la face. Hélas! qu'as-tu donc fait aux nations ? Tu vins Vers celles qui pleuraient, avec ces mots divins: Joie et Paix! - Tu criais: - Espérance! Allégresse! Sois puissante, Amérique, et toi sois libre, ô Grèce! L'Italie était grande; elle doit l'être encor. Je le veux! - Tu donnas à celle-ci ton or, A celle-là ton sang, à toutes la lumière. Tu défendis le droit des hommes, coutumière De tous les dévoûments et de tous les devoirs. Comme le boeuf revient repu des abreuvoirs, Les hommes sont rentrés pas à pas à l'étable, Rassasiés de toi, grande soeur redoutable, De toi qui protégeas, de toi qui combattis. Ah! se montrer ingrats, c'est se prouver petits. N'importe! pas un d'eux ne te connaît. Leur foule T'a huée, à cette heure où ta grandeur s'écroule, Riant de chaque coup de marteau qui tombait Sur toi, nue et sanglante et clouée au gibet. Leur pitié plaint tes fils que la fortune amère Condamne à la rougeur de t'avouer pour mère. Tu ne peux pas mourir, c'est le regret qu'on a.
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