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Victor Hugo - L'Année terrible
Et, puisque je suis l'homme essayant sur la terre Toutes les guérisons par l'indulgence austère, Puisque je suis parmi les vivants en rumeur, Au forum ou du haut de l'exil, le semeur De la paix à travers l'immense guerre humaine, Puisque vers le grand but où Dieu clément nous mène, J'ai, triste ou souriant, toujours le doigt levé, Puisque j'ai, moi, songeur par les deuils éprouvé, L'amour pour évangile et l'union pour bible, Toi qui portes mon nom, ô monstre, sois terrible! Car l'amour devient haine en présence du mal; Car l'homme esprit ne peut subir l'homme animal, Et la France ne peut subir la barbarie; Car l'idéal sublime est la grande patrie; Et jamais le devoir ne fut plus évident De faire obstacle au flot sauvage débordant, Et de mettre Paris, l'Europe qu'il transforme, Les peuples, sous l'abri d'une défense énorme; Car si ce roi teuton n'était pas châtié, Tout ce que l'homme appelle espoir, progrès, pitié, Fraternité, fuirait de la terre sans joie; Car César est le tigre et le peuple est la proie, Et qui combat la France attaque l'avenir; Car il faut élever, lorsqu'on entend hennir Le cheval d'Attila dans l'ombre formidable, Autour de l'âme humaine un mur inabordable, Et Rome, pour sauver l'univers du néant, Doit être une déesse, et Paris un géant!
C'est pourquoi des canons que la lyre a fait naître, Que la strophe azurée enfanta, doivent être Braqués, gueule béante, au-dessus du fossé; C'est pourquoi le penseur frémissant est forcé D'employer la lumière à des choses sinistres; Devant les rois, devant le mal et ses ministres, Devant ce grand besoin du monde, être sauvé, Il sait qu'il doit combattre après avoir rêvé; Il sait qu'il faut lutter, frapper, vaincre, dissoudre, Et d'un rayon d'aurore il fait un coup de foudre.
V
PROUESSES BORUSSES
La conquête avouant sa soeur l'escroquerie, C'est un progrès. En vain la conscience crie,
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