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Victor Hugo - L'Année terrible
Dans cette antique Europe où s'ébauche l'histoire. Croître ensemble, ce fut longtemps notre victoire; Les deux peuples s'aidaient, couple heureux, triomphant, Tendre, et Caïn petit aimait Abel enfant. Nous étions le grand peuple égal au peuple Scythe; Et c'est de vous, Germains, et de nous, que Tacite Disait: - Leur âme est fière. Un dieu fort les soutient. Chez eux la femme pleure et l'homme se souvient. - Si Rome osait risquer ses aigles dans nos landes, Les Celtes entendaient l'appel guerrier des Vendes, On battait le préteur, on chassait le consul, Et Teutatès venait au secours d'Irmensul; On se donnait l'appui glorieux et fidèle Tantôt d'un coup d'épée et tantôt d'un coup d'aile; Le même autel de pierre, étrange et plein de voix, Faisait agenouiller sur l'herbe, au fond des bais, Les Teutons de Cologne et les Bretons de Nante; Et quand la Walkyrie, ailée et frissonnante, Traversait l'ombre, Hermann chez vous, chez nous Brennus Voyaient la même étoile entre ses deux seins nus.
Allemands, regardez au-dessus de vos têtes, Dans le grand ciel, tandis qu'acharnés aux conquêtes, Vous, Germains, vous venez poignarder les Gaulois, Tandis que vous foulez aux pieds toutes les lois, Plus souillés que grandis par des victoires traîtres, Vous verrez vos aïeux saluer nos ancêtres.
III
LE MESSAGE DE GRANT
Ainsi, peuple aux efforts prodigieux enclin, Ainsi, terre de Penn, de Fulton, de Franklin, Vivante aube d'un monde, ô grande république, C'est en ton nom qu'on fait vers l'ombre un pas oblique! Trahison! par Berlin vouloir Paris détruit! Au nom de la lumière encourager la nuit! Quoi! de la liberté faire une renégate! Est-ce donc pour cela que vint sur sa frégate Lafayette donnant la main à Rochambeau ? Quand l'obscurité monte, éteindre le flambeau! Quoi! dire: - Rien n'est vrai que la force. Le glaive, C'est l'éblouissement suprême qui se lève. Courbez-vous, le travail de vingt siècles a tort. Le progrès, serpent vil, dans la fange se tord;
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