|
Victor Hugo - L'Année terrible
On l'aperçoit dans tout sans le saisir dans rien; S'il s'agit du suprême Immuable, solstice De la raison, du droit, du bien, de la justice, En équilibre avec l'infini, maintenant, Autrefois, aujourd'hui, demain, toujours, donnant Aux soleils la durée, aux coeurs la patience, Qui, clarté hors de nous, est en nous conscience; Si c'est de ce Dieu-là qu'il s'agit, de celui Qui toujours dans l'aurore et dans la tombe a lui, Etant ce qui commence et ce qui recommence; S'il s'agit du principe éternel, simple, immense, Qui pense puisqu'il est, qui de tout est le lieu, Et que, faute d'un nom plus grand, j'appelle Dieu, Alors tout change, alors nos esprits se retournent, Le tien vers la nuit, gouffre et cloaque où séjournent Les rires, les néants, sinistre vision, Et le mien vers le jour, sainte affirmation, Hymne, éblouissement de mon âme enchantée; Et c'est moi le croyant, prêtre, et c'est toi l'athée.
X
A L'ENFANT MALADE PENDANT LE SIEGE
Si vous continuez d'être ainsi toute pâle Dans notre air étouffant, Si je vous vois entrer dans mon ombre fatale, Moi vieillard, vous enfant;
Si je vois de nos jours se confondre la chaîne, Moi qui sur mes genoux Vous contemple, et qui veux la mort pour moi prochaine, Et lointaine pour vous;
Si vos mains sont toujours diaphanes et frêles, Si, dans votre berceau, Tremblante, vous avez l'air d'attendre des ailes Comme un petit oiseau;
Si vous ne semblez pas prendre sur notre terre Racine pour longtemps, Si vous laissez errer, Jeanne, en notre mystère Vos doux yeux mécontents;
Si je ne vous vois pas gaie et rose et très forte, Si, triste, vous rêvez,
|