bibliotheq.net - littérature française
 

Victor Hugo - L'Année terrible

Par Cambyse, et nous jette aux jambes Attila,
Prêtre, oui, je suis athée à ce vieux bon Dieu-là.

Mais s'il s'agit de l'être absolu qui condense
Là-haut tout l'idéal dans toute l'évidence,

Par qui, manifestant l'unité de la loi,

L'univers peut, ainsi que l'homme, dire: Moi;

De l'être dont je sens l'âme au fond de mon âme,

De l'être qui me parle à voix basse, et réclame

Sans cesse pour le vrai contre le faux, parmi

Les instincts dont le flot nous submerge à demi;

S'il s'agit du témoin dont ma pensée obscure

A parfois la caresse et parfois la piqûre

Selon qu'en moi, montant au bien, tombant au mal,

Je sens l'esprit grandir ou croître l'animal;

S'il s'agit du prodige immanent qu'on sent vivre

Plus que nous ne vivons, et dont notre âme est ivre

Toutes les fois qu'elle est sublime, et qu'elle va,

Où s'envola Socrate, où Jésus arriva,

Pour le juste, le vrai, le beau, droit au martyre,

Toutes les fois qu'au gouffre un grand devoir l'attire,

Toutes les fois qu'elle est dans l'orage alcyon,

Toutes les fois qu'elle a l'auguste ambition

D'aller, à travers l'ombre infâme qu'elle abhorre

Et de l'autre côté des nuits, trouver l'aurore;

O prêtre, s'il s'agit de ce quelqu'un profond

Que les religions ne font ni ne défont,

Que nous devinons bon et que nous sentons sage,

Qui n'a pas de contour, qui n'a pas de visage,

Et pas de fils, ayant plus de paternité

Et plus d'amour que n'a de lumière l'été;

S'il s'agit de ce vaste inconnu que ne nomme,

N'explique et ne commente aucun Deutéronome,

Qu'aucun Calmet ne peut lire en aucun Esdras,

Que l'enfant dans sa crèche et les morts dans leurs draps,

Distinguent vaguement d'en bas comme une cime,

Très-Haut qui n'est mangeable en aucun pain azime,

Qui parce que deux coeurs s'aiment, n'est point fâché,

Et qui voit la nature où tu vois le péché;

S'il s'agit de ce Tout vertigineux des êtres

Qui parle par là voix des éléments, sans prêtres,

Sans bibles, point charnel et point officiel,

Qui pour livre a l'abîme et pour temple le ciel,

Loi, Vie, Ame, invisible à force d'être énorme,

Impalpable à ce point qu'en dehors de la forme

Des choses que dissipe un souffle aérien,

< page précédente | 32 | page suivante >

 
La plupart des textes et des images de ce site font partie du domaine public. Les droits d'auteur pour la présentation des matériaux
et le design du site appartiennent à bibliotheq.net. Toute suggestion et correction est la bienvenue.