bibliotheq.net - littérature française
 

Victor Hugo - L'Année terrible

On mange du pain noir n'ayant plus de pain bis;
Soit; mais se laisser prendre ainsi que des brebis,

Ce n'est pas leur humeur, et tous veulent qu'on sorte,

Et nous voulons nous-mêmes enfoncer notre porte,

Et, s'il le faut, le front levé vers l'orient,

Nous mettre en liberté dans la tombe, en criant:

Concorde! en attestant l'avenir, l'espérance,

L'aurore; et c'est ainsi qu'agonise la France!

C'est pourquoi je déclare en cette extrémité
Que l'homme a pour bien faire un coeur illimité,

Qu'il faut copier Sparte et Rome notre aïeule,

Et qu'un peuple est borné par sa lâcheté seule;

J'écarte le mauvais exemple, ce lépreux;

A cette heure il nous faut mieux que les anciens preux

Qui souvent s'attardaient trop longtemps aux chapelles;

Je dis qu'à ton secours, France, tu nous appelles;

Qu'un courage qui chante au lutrin est bâtard,

Qu'il sied de tout risquer, et qu'il est déjà tard!

C'est mon avis, devant les trompettes farouches,

Devant les ouragans gonflant leurs noires bouches,

Devant le Nord féroce attaquant le Midi,

Que nous avons besoin de quelqu'un de hardi;

Et que, lorsqu'il s'agit de chasser les Vandales,

De refouler le flot des bandes féodales,

De délivrer l'Europe en délivrant Paris,

Et d'en finir avec ceux qui nous ont surpris,

Avec tant d'épouvante, avec tant de misère,

Il nous faut une épée et non pas un rosaire.

VIII

Qu'on ne s'y trompe pas, je n'ai jamais caché
Que j'étais sur l'énigme éternelle penché;

Je sais qu'être à demi plongé dans l'équilibre

De la terre et des cieux, nous fait l'âme plus libre;

Je sais qu'en s'appuyant sur l'inconnu, l'on sent

Quelque chose d'immense et de bon qui descend,

Et qu'on voit le néant des rois, et qu'on résiste

Et qu'on lutte et qu'on marche avec un coeur moins triste;

Je sais qu'il est d'altiers prophètes qu'un danger

Tente, et que l'habitude auguste de songer,

De méditer, d'aimer, de croire, et d'être en somme

A genoux devant Dieu, met debout devant l'homme;

Certes, je suis courbé sous l'infini profond.

Mais le ciel ne fait pas ce que les hommes font;

< page précédente | 30 | page suivante >

 
La plupart des textes et des images de ce site font partie du domaine public. Les droits d'auteur pour la présentation des matériaux
et le design du site appartiennent à bibliotheq.net. Toute suggestion et correction est la bienvenue.