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Victor Hugo - L'Année terrible
Immobile, indigné, les ailes refermées, Tourne le dos, se tait, refuse de rien voir, Et l'on distingue, au fond de ce firmament noir, Le morne abaissement de leurs trompettes sombres.
Dire que pas un nom ne sort de ces décombres! O gloire, ces héros comment s'appellent-ils ? Quoi! ces triomphateurs hautains, sanglants, subtils, Quoi! ces envahisseurs que tant de rage anime Ne peuvent même pas sortir de l'anonyme, Et ce comble d'affront sur nous s'appesantit Que la victoire est grande et le vainqueur petit!
IV
BANCROFT
Qu'est-ce que cela fait à cette grande France ? Son tragique dédain va jusqu'à l'ignorance. Elle existe, et ne sait ce que dit d'elle un tas D'inconnus, chez les rois ou dans les galetas; Soyez un va-nu-pieds ou soyez un ministre, Vous n'avez point du mal la majesté sinistre; Vous bourdonnez en vain sur son éternité. Vous l'insultez. Qui donc avez-vous insulté ? Elle n'aperçoit pas dans ses deuils ou ses fêtes L'espèce d'ombre obscure et vague que vous êtes; Tâchez d'être quelqu'un, Tibère, Gengiskan, Soyez l'homme fléau, soyez l'homme volcan, On examinera si vous valez la peine Qu'on vous méprise; ayez quelque titre à la haine, Et l'on verra. Sinon, allez-vous-en. Un nain Peut à sa petitesse ajouter son venin Sans cesser d'être un nain, et qu'importe l'atome ? Qu'importe l'affront vil qui tombe de cet homme ? Qu'importent les néants qui passent et s'en vont ? Sans faire remuer la tête énorme, au fond Du désert où l'on voit rôder le lynx féroce, Le stercoraire peut prendre avec le colosse Immobile à jamais sous le ciel étoilé, Des familiarités d'oiseau vite envolé.
V
EN VOYANT FLOTTER SUR LA SEINE DES CADAVRES PRUSSIENS
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