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Victor Hugo - L'Année terrible

C'est lui. Vivant, aimant,
Il condamne la Nuit à l'éblouissement,

Et, soudain reparu dans sa beauté première,

La couvre d'une écume immense de lumière.

Le chaos est-il donc vaincu ? Non. La noirceur
Redouble, et le reflux du gouffre envahisseur

Revient, et l'on dirait que Dieu se décourage.

De nouveau, dans l'horreur, dans la nuit, dans l'orage,
On cherche l'astre. Où donc est-il ? Quel guet-apens!

Et rien ne continue, et tout est en suspens;

La création sent qu'elle est témoin d'un crime;

Et l'univers regarde avec stupeur l'abîme

Qui, sans relâche, au fond du firmament vermeil,

Jette un vomissement d'ombre sur le soleil.

NOVEMBRE

I

DU HAUT DE LA MURAILLE DE PARIS

A LA NUIT TOMBANTE

L'Occident était blanc, l'orient était noir;
Comme si quelque bras sorti des ossuaires

Dressait un catafalque aux colonnes du soir,

Et sur le firmament déployait deux suaires.

Et la nuit se fermait ainsi qu'une prison.
L'oiseau mêlait sa plainte au frisson de la plante.

J'allais. Quand je levai mes yeux vers l'horizon,

Le couchant n'était plus qu'une lame sanglante.

Cela faisait penser à quelque grand duel
D'un monstre contre un dieu, tous deux de même taille;

Et l'on eût dit l'épée effrayante du ciel

Rouge et tombée à terre après une bataille.

II

PARIS DIFFAME A BERLIN

Pour la sinistre nuit l'aurore est un scandale;

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