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Victor Hugo - L'Année terrible
Ils punissent Paris d'être la liberté; Ils punissent Paris d'être cette cité Où Danton gronde, où luit Molière, où rit Voltaire; Ils punissent Paris d'être âme de la terre, D'être ce qui devient de plus en plus vivant, Le grand flambeau profond que n'éteint aucun vent, L'idée en feu perçant ce nuage, le nombre, Le croissant du progrès clair au fond du ciel sombre; Ils punissent Paris de dénoncer l'erreur, D'être l'avertisseur et d'être l'éclaireur, De montrer sous leur gloire affreuse un cimetière, D'abolir l'échafaud, le trône, la frontière, La borne, le combat, l'obstacle, le fossé, Et d'être l'avenir quand ils sont le passé.
Et ce n'est pas leur faute; ils sont les forces noires. Ils suivent dans la nuit toutes les sombres gloires, Caïn, Nemrod, Rhamsés, Cyrus, Gengis, Timour. Ils combattent le droit, la lumière, l'amour. Ils voudraient être grands et ne sont que difformes. Terre, ils ne veulent pas qu'heureuse, tu t'endormes Dans les bras de la paix sacrée, et dans l'hymen De la clarté divine avec l'esprit humain. Ils condamnent le frère à dévorer le frère, Le peuple à massacrer le peuple, et leur misère C'est d'être tout-puissants et que tous leurs instincts Allumés pour l'enfer, soient pour le ciel éteints. Rois hideux! On verra, certe, avant que leur âme Renonce à la tuerie, au glaive, au meurtre infâme, Aux clairons, au cheval de guerre qui hennit, L'oiseau ne plus savoir le chemin de son nid, Le tigre épris du cygne, et l'abeille oublieuse De sa ruche sauvage au creux noir de l'yeuse.
III
Sept. Le chiffre du mal. Le nombre où Dieu ramène, Comme en un vil cachot, toute la faute humaine. Sept princes. Wurtemberg et Mecklembourg, Nassau, Saxe, Bade, Bavière et Prusse, affreux réseau. Ils dressent dans la nuit leurs tentes sépulcrales. Les cercles de l'enfer sont là, mornes spirales; Haine, hiver, guerre, deuil, peste, famine, ennui. Paris a les sept noeuds des ténèbres sur lui. Paris devant son mur a sept chefs comme Thèbe.
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