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Victor Hugo - L'Année terrible
Il faudra que le Sud ou le Nord y descende; Il faudra qu'une race ou l'autre tombe au fond De l'abîme où les rois et les dieux se défont. Et pensifs, croyant voir venir vers nous la gloire, Les chocs comme en ont vu les hommes de la Loire, Wagram tonnant, Leipsick magnifique et hideux, Cyrus, Sennachérib, César, Frédéric Deux, Nemrod, nous frémissions de ces sombres approches... -
Tout à coup nous sentons une main dans nos poches.
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Il s'agit de ceci: Nous prendre notre argent.
Certe, on se disait bien: Bonaparte indigent Fut un escroc, et doit avoir pour espérance De voler l'Allemagne ayant volé la France; Il filouta le trône; il est vil, fourbe et laid; C'est vrai; mais nous faisions ce rêve qu'il allait Rencontrer un vieux roi, fier de sa vieille race, Ayant Dieu pour couronne et l'honneur pour cuirasse, Et trouver devant lui, comme au temps des Dunois, Un de ces paladins des antiques tournois Dont on voit vaguement se modeler l'armure Dans les nuages pleins d'aurore et de murmure. O chute! illusion! changement de décor! C'est le coup de sifflet et non le son du cor. La nuit. Un hallier fauve où des sabres fourmillent. Des canons de fusils entre les branches brillent; Cris dans l'ombre. Surprise, embuscade. Arrêtez! Tout s'éclaire; et le bois offre de tous côtés Sa claire-voie où brille une lumière rouge. Sus! on casse la tête à tous si quelqu'un bouge. La face contre terre et personne debout! Et maintenant donnez votre argent - donnez tout. Qu'il vous plaise ou non d'être à genoux dans la boue, Qu'importe! et l'on vous fouille, et l'on vous couche en joue. Nous sommes dix contre un, tous armés jusqu'aux dents. Et si vous résistez, vous êtes imprudents. Obéissez! Ces voix semblent sortir d'un antre. Que faire ? on tend sa bourse, on se met à plat ventre, Et pendant que, le front par terre, on se soumet, On songe à ces pays que jadis on nommait La Pologne, Francfort, la Hesse, le Hanovre. C'est fait! relevez-vous! on se retrouve pauvre
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