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Victor Hugo - L'Année terrible

A ce poteau serait adossé le faussaire,
A qui tout jetterait l'opprobre, et que d'en bas

Insulteraient nos deuils, nos haillons, nos grabats,

Notre faim, notre soif, nos vices et nos crimes;

Vers lui se tourneraient nos bourreaux ses victimes,

Et la guerre et la haine, et les yeux du savoir

Crevés, et le moignon sanglant du désespoir;

Des champs, des bois, des monts, des fleurs empoisonnées,

Du chaos furieux et fou des destinées,

De tout ce qui parait, disparaît, reparaît,

Une accusation lugubre sortirait;

Le réel suinterait par d'affreuses fêlures;

Les comètes viendraient tordre leurs chevelures;

L'air dirait: Il me livre aux souffles pluvieux!

Le ver dirait à l'astre: Il est ton envieux,

Et, pour t'humilier, il nous fait tous deux luire!

L'écueil dirait: C'est lui qui m'ordonne de nuire!

La mer dirait: Mon fiel, c'est lui. J'en fais l'aveu!

Et l'univers serait le pilori de Dieu!

*

Ah! la réalité, c'est un paiement sublime,
Je suis le créancier tranquille de l'abîme;

Mon oeil ouvert d'avance attend les grands réveils.

Non, je ne doute pas du gouffre des soleils!

Moi croire vide l'ombre où je vois l'astre éclore!

Quoi, le grand azur noir, quoi, le puits de l'aurore

Serait sans loyauté, promettrait sans tenir!

Non, d'où sort le matin sortira l'avenir.

La nature s'engage envers la destinée;

L'aube est une parole éternelle donnée.

Les ténèbres là-haut éclipsent les rayons;

C'est dans la nuit qu'errants et pensifs, nous croyons;

Le ciel est trouble, obscur, mystérieux; qu'importe!

Rien de juste ne frappe en vain à cette porte.

La plainte est un vain cri, le mal est un mot creux;

J'ai rempli mon devoir, c'est bien, je souffre heureux,

Car toute la justice est en moi, grain de sable.

Quand on fait ce qu'on peut on rend Dieu responsable,

Et je vais devant moi, sachant que rien ne ment,

Sûr de l'honnêteté du profond firmament!

Et je crie: Espérez! à quiconque aime et pense;

Et j'affirme que l'Etre inconnu qui dépense,

Sans compter, les splendeurs, les fleurs, les univers,

Et, comme s'il vidait des sacs toujours ouverts,

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