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Victor Hugo - L'Année terrible
Le mettre hors du ciel; mais hors de moi, non pas. Il est mon gouvernail dans l'écume où je vogue. Si j'écoute mon coeur, j'entends un dialogue. Nous sommes deux au fond de mon esprit, lui, moi. Il est mon seul espoir et mon unique effroi. Si par hasard je rêve une faute que j'aime, Un profond grondement s'élève dans moi-même; Je dis: Qui donc est là ? l'on me parle ? Pourquoi ? Et mon âme en tremblant me dit: C'est Dieu. Tais-toi.
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Quoi! nier le progrès terrestre auquel adhère Le vaste mouvement du monde solidaire ? Non, non! s'il arrivait que ce Dieu me trompât, Et qu'il mit l'espérance en moi comme un appât Pour m'attirer au piège, et me prendre, humble atome, Entre le présent, songe, et l'avenir, fantôme; S'il n'avait d'autre but qu'une dérision; Moi l'oeil sincère et lui la fausse vision, S'il me leurrait de quelque exécrable mirage; S'il offrait la boussole et donnait le naufrage; Si par ma conscience il faussait ma raison; Moi qui ne suis qu'un peu d'ombre sur l'horizon, Moi, néant, je serais son accusateur sombre; Je prendrais à témoin les firmaments sans nombre, J'aurais tout l'infini contre ce Dieu, je croi Que les gouffres prendraient fait et cause pour moi; Contre ce malfaiteur j'attesterais les astres; Je lui rejetterais nos maux et nos désastres; J'aurais tout l'Océan pour m'en laver les mains; Il ferait mes erreurs, ayant fait mes chemins; Je serais l'innocent, il serait le coupable. Cet être inaccessible, invisible, impalpable, J'irais, je le verrais, et je le saisirais Dans les cieux, comme on prend un loup dans les forêts, Et terrible, indigné, calme, extraordinaire, Je le dénoncerais à son propre tonnerre!
Oh! si le mal devait demeurer seul debout, Si le mensonge immense était le fond de tout, Tout se révolterait! Oh! ce n'est plus un temple Qu'aurait sous les yeux l'homme en ce ciel qu'il contemple, Dans la création pleine d'un vil secret, Ce n'est plus un pilier de gloire qu'on verrait; Ce serait un poteau de bagne et de misère.
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