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Victor Hugo - L'Année terrible

Mais le tort de Jésus est d'être un peu trop dieu.
Il me faudrait de fiers garants pour que je crusse

Qu'il eût payé les cinq milliards à la Prusse.

Le sage se modère en tout. Calme en mon coin,

Je blâme l'infini, mon cher, qui va trop loin;

Sur la création, beaucoup trop large sphère,

Les bons esprits ont bien des critiques à faire;

L'excès est le défaut de ce monde, entre nous;

Le soleil est superbe et le printemps est doux,

L'un a trop de rayons et l'autre a trop de roses;

C'est l'inconvénient de ces sortes de choses,

Et Dieu n'est pas exempt d'exagération.

L'imiter, c'est tomber dans la perfection,

Grand danger; tout va mieux sur un patron moins ample,

Et Dieu ne donne pas toujours le bon exemple.

A quoi sert d'être à pic ? Jésus passe le but

En n'examinant point l'offre de Belzébuth;

Je ne dis pas qu'il dût accepter; mais c'est bête

Que Dieu soit impoli quand le diable est honnête.

Il eût mieux valu dire: On verra, mon ami.

Le sage ne fait pas le fier. Une fourmi

Travaille plus avec sa routine ordinaire

Et son bon sens, qu'avec son vacarme un tonnerre.

L'homme est l'homme; il n'est pas méchant, il n'est pas bon.

Blanc comme neige, point; noir comme le charbon,

Non. Blanc et noir, mêlé, tigré, douteux, sceptique.

Tout homme médiocre est homme politique.

Cherchons, non la grandeur, mais la proportion.

Agir comme Aristide et comme Phocion,

Etre héroïque, épique et beau, mauvaise affaire.

Le sage au Parthénon en ruine préfère

La hutte confortable et chaude du castor.

Je fréquente Rothschild et fuis Adamastor.

Le titan d'aujourd'hui c'est le millionnaire.

L'homme d'Etat ne veut rien d'excessif; vénère

Le vote universel, mais travaille au scrutin;

Il supprime l'esclave et garde le pantin;

Il conserve le fil tout en brisant la chaîne.

Les hommes sont petits, leur conscience est naine;

L'homme d'Etat leur prend mesure avant d'oser;

Il s'ôte une vertu qui peut les dépasser;

Il les étonne, mais sans foudre et sans vertiges;

A leur dimension il leur fait des prodiges.

Ami, le médiocre est un très bon endroit,

Ni beau, ni laid, ni haut, ni bas, ni chaud, ni froid;

Moi, la raison, j'y fais mon lit, j'y mets ma table,

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