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Victor Hugo - L'Année terrible
Quoi! tu n'es pas content! cinq longs mois nous subîmes Le froid, la faim, l'approche obscure des abîmes, Sans te gêner, unis, confiants, frémissants ? Si tu te crois un grand général, j'y consens; Mais quand il faut courir au gouffre, aller au large, Pousser toute une armée au feu, sonner la charge, J'aime mieux un petit tambour comme Barra. Songe à Garibaldi qui vint de Caprera, Songe à Kléber au Caire, à Manin dans Venise, Et calme-toi. Paris formidable agonise Parce que tu manquas, non de coeur, mais de foi. L'amère histoire un jour dira ceci de toi: La France, grâce à lui, ne battit que d'une aile. Dans ces grands jours, pendant l'angoisse solennelle, Ce fier pays, saignant, blessé, jamais déchu, Marcha par Gambetta, mais boita par Trochu.
XVIII
LES INNOCENTS
Mais les enfants sont là. Le murmure qui sort De ces âmes en fleur est-il compris du sort ? L'enfant va devant lui gaiement; mais la prière, Quand il rit, parle-t-elle à quelqu'un en arrière ? Le frais chuchotement du doux être enfantin Attendrit-il l'oreille obscure du destin ? Oh! que d'ombre! Tous deux chantent, fragiles têtes Où flotte la lueur d'on ne sait quelles fêtes, Et que dore un reflet d'un paradis lointain! Les enfants ont des coeurs faits comme le matin Ils ont une innocence étonnée et joyeuse; Et pas plus que l'oiseau gazouillant sous l'yeuse, Pas plus que l'astre éclos sur les noirs horizons, Ils ne sont inquiets de ce que nous faisons, Ayant pour toute affaire et pour toute aventure L'épanouissement de la grande nature; Ils ne demandent rien à Dieu que son soleil; Ils sont contents pourvu qu'un beau rayon vermeil Chauffe les petits doigts de leur main diaphane Et que le ciel soit bleu, cela suffit à Jeanne.
JUILLET
I
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