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Victor Hugo - L'Année terrible
Et, quand leur volonté de vaincre se déchaîne, Leur formidable amour ressemble à de la haine. Maintenons, maintenons les principes sacrés; Mais quand par l'aquilon les coeurs sont égarés, Quand ils soufflent sur nous comme sur de la cendre, Au fond du noir problème il faut savoir descendre; L'homme subit, le gouffre agit; les ouragans Sont les seuls scélérats et sont les seuls brigands. Envoyez la tempête et la trombe à Cayenne! Non, notre âme n'est pas tout à coup une hyène, Non, nous ne sommes pas brusquement des bandits; Non, je n'accuse point l'homme faible, et je dis Que la fureur du vent fatal qui nous emmène Peut t'arracher ton ancre, ô conscience humaine! L'homme qu'hier la mer sauvage secouait, Répond-il de ce flot dont il fut le jouet ? Peut-il être à la fois le vautour et la proie ? Bien qu'ayant confiance en ce qui nous foudroie, Bien que pour l'inconnu je me sente clément, Je le dis, l'accusé pour moi, c'est l'élément. L'élément, dur moteur que rien ne déconcerte.
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Mais faut-il donc trembler devant l'avenir ? Certe, Il faut songer. Trembler, non pas. Sachez ceci: Ce rideau du destin par l'énigme épaissi, Cet océan difforme où flotte l'âme humaine, La vaste obscurité de tout le phénomène, Ce monde en mal d'enfant ébauchant le chaos, Ces idéals ayant des profils de fléaux, Ces émeutes manquant toujours la délivrance, Toute cette épouvante, oui, c'est de l'espérance. Le matin glacial consterne l'horizon; Parfois le jour commence avec un tel frisson Que le soleil levant semble une attaque obscure. La branche offre la fleur au prix de la piqûre. Par un sentier d'angoisse aux bleus sommets j'irai. La vie ouvrant de farce un ventre déchiré, A pour commencement une auguste souffrance.
L'onde de l'inconnu n'a qu'une transparence Livide, où la clarté ne vient que par degrés; Ce qu'elle montre flotte en plis démesurés. La dilatation de la forme et du nombre Etonne, et c'est hideux d'apercevoir dans l'ombre
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