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Victor Hugo - L'Année terrible
Quoi! ne point accabler les malheureux, offrir L'homme à l'homme, et l'asile à ceux qui vont mourir, Ne pas prendre le faible et l'aveugle pour cible, Pardonner, c'est vouloir habiter l'impossible! Dire qu'on doit la loi juste, le droit commun Même aux brigands, même aux bandits, c'est en être un! N'importe! il faut lutter. L'heure sombre est venue. Quant à ton âge, eh bien, sois vieux, et continue, Vétéran. Tu seras renié de nouveau. Les plus cléments auront pitié de ton cerveau. Tu seras le maudit qu'on raille ou qu'on foudroie, Tu seras insulté, hué, traqué, la proie Des calomniateurs au crime toujours prêts, Tu seras lapidé, proscrit. Eh bien, après ?
III
Par une sérénade on fête ma clémence. A mort! est le refrain de la douce romance. Les journaux prêtres font un vacarme effrayant. - Cet homme ose défendre un ennemi fuyant! Quelle audace! il nous croit honnêtes! il nous brave! - Les maîtres ont la rage et les valets la bave. Meute de sacristains, meute de hobereaux. L'encensoir furieux me casse mes carreaux; De tous les goupillons, de toutes les prières, L'eau bénite sur moi tombe en grêle de pierres; On m'exorcise tant qu'on m'assassine un peu. Bref je suis expulsé par la grâce de Dieu. - Va-t'en! - tous les pavés pleuvent, et tous les styles. Je suis presque ébloui de tant de projectiles. Au-dessus de mon nom on sonne le tocsin. - Brigand! incendiaire! assassin! assassin! - Et nous restons, après cette bataille insigne, Eux, blancs comme un corbeau, moi, noir comme le cygne.
IV
Je n'ai pas de palais épiscopal en ville, Je n'ai pas de prébende et de liste civile, Nul temple n'offre un trône à mon humilité, Nul suisse en colonel ne brille à mon côté, Je ne me montre pas aux gros yeux des ganaches Sous un dais, à ses coins ayant quatre panaches; La France, même au fond de l'abîme, est pour moi Le grand peuple en travail d'où sort la grande loi;
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